[153] In quo semiruta murorum vestigia videbantur: qui priscis temporibus in spatia longa protenti, tueri ab externis incursibus Assyriam dicebantur. Amm. Marcell., l. 24, c. 2. Il s'agit sans aucun doute ici du Mur de Médie mentionné par Xénophon dans son expédition des dix mille, et par Strabon (l. 2, p. 80), qui l'appelle le mur de Sémiramis, τὸ Σεμιράμιδος διατείχισμα. Ce rempart avait été destiné à défendre les terres fertiles de la Babylonie, arrosées par les canaux dérivés de l'Euphrate, contre les courses des Arabes, des Curdes et des autres tribus nomades.—S-M.

XVI.

Prise de Pirisabora.

Amm. l. 23, c. 4 et l. 24, c. 3.

Liban. or. 10, t. 2, p. 315.

Zos. l. 3, c. 17 et 18.

Cet heureux succès rendit le chemin libre jusqu'à Pirisabora[154], la plus grande ville de ce pays après Ctésiphon[155], bâtie dans une péninsule formée par l'Euphrate et par un large canal tiré du fleuve pour l'usage des habitants. Elle était ceinte d'une double muraille flanquée de tours, défendue du côté de l'occident et du midi par le fleuve et par des rochers, à l'orient par un fossé profond et par une forte palissade; au septentrion par le canal. Les tours étaient construites de brique et de bitume jusqu'à la moitié de leur hauteur; le reste n'était que de briques et de plâtre. A l'angle formé par le canal s'élevait une forte citadelle sur une éminence escarpée, qui s'arrondissait jusqu'au fleuve, où le terrain coupé à pic ne présentait que des pointes de rochers. On montait de la ville à la citadelle par un sentier rude et difficile. L'empereur, ayant reconnu la force de la place[156], mit inutilement en usage les promesses et les menaces. Il fallut en venir aux attaques. Son armée rangée sur trois lignes passa le premier jour à lancer des pierres et des traits. Les assiégés pleins de force et de courage paraissaient disposés à faire une longue résistance. Ils tendirent sur leurs murs de grands rideaux de poil de chèvre[157], lâches et flottants pour amortir la violence des coups. Leurs soldats étaient couverts de lames d'acier, qui, s'ajustant à la forme, et se prêtant aux mouvements de leurs membres depuis la tête jusqu'aux pieds, les faisaient paraître des statues d'acier[158]. Leurs boucliers en losange, à la manière des Perses, n'étaient que d'osier revêtu de cuir, mais tissu si fortement qu'ils étaient à l'épreuve des traits. Ils demandèrent plusieurs fois à parler au prince Hormisdas: ce ne fut que pour l'accabler d'injures, le traitant de perfide, de déserteur, de traître. Le premier jour s'étant passé en pourparlers inutiles, Julien fit pendant la nuit combler le fossé, arracher la palissade et avancer ses machines. Au point du jour, un bélier avait déja percé une des tours, et les habitants qui n'étaient pas trois mille hommes[159] (car les autres s'étaient sauvés par le fleuve avant le siége) n'espérant pas pouvoir défendre une si vaste étendue, abandonnèrent la double enceinte et se retirèrent dans la citadelle[160]. Aussitôt l'armée, s'étant emparée de la ville, abattit les murs, brûla les maisons, établit ses batteries sur les ruines. On attaquait, on défendait avec une ardeur égale. Les assiégés courbant avec effort leurs grands arcs, en faisaient partir des flèches armées d'un long fer, qui portaient des coups mortels au travers des boucliers et des cuirasses. Le combat continua sans relâche et sans aucun avantage depuis le matin jusqu'au soir. Il recommençait le troisième jour avec la même fureur, lorsque Julien, rival d'Alexandre, et accoutumé comme ce héros à prodiguer sa vie, prenant avec lui les plus déterminés de ses soldats, court à l'abri de son bouclier jusqu'à la porte du château revêtue de plaques de fer fort épaisses; et au travers d'une grêle de pierres, de traits, de javelots, couvert de sueur et de poussière, il fait battre la porte à coups de pics et de pieux; il crie, il anime sa troupe, il frappe lui-même, et ne se retire qu'au moment qu'il se voit prêt à être enseveli sous les masses énormes qu'on fait tomber du haut des murs. Alors, sans avoir reçu aucune atteinte, mais plein de dépit, il se retire avec ses gens, dont quelques-uns étaient seulement légèrement blessés. La situation du lieu ne permettant pas de faire jouer les béliers ni d'élever les terrasses, l'empereur fit dresser en diligence une de ces machines, qu'on appelait hélépoles. L'art n'avait encore rien imaginé de plus terrible pour le siége des villes. C'était une ancienne invention de Démétrius le Macédonien, qui s'en était servi pour forcer plusieurs places: ce qui lui avait fait donner le surnom de Poliorcète, c'est-à-dire, le preneur de villes. On construisit avec de grosses poutres une tour quarrée, divisée en plusieurs étages, dont la hauteur surpassait celle des murailles de la place, et qui s'élevait en diminuant de largeur. On la couvrit de peaux de bœufs nouvellement écorchés, ou d'osier vert enduit de boue, afin qu'elle fût à l'épreuve du feu. La face était garnie de pointes de fer à trois branches, propres à percer et à briser tout ce qu'elles rencontraient. Des soldats placés au-dessous la faisaient avancer sur des roues à force de bras: d'autres la tiraient avec des cordes; et tandis qu'on mettait en branle les béliers suspendus aux divers étages, tandis qu'il partait de toutes les ouvertures des pierres et des javelots lancés à la main et par des machines, la tour venant heurter avec violence les parties les plus faibles de la muraille, ne manquait guère d'y ouvrir une large brèche. A la vue de ce formidable appareil, les assiégés saisis d'effroi, et désespérant de vaincre l'opiniâtreté des Romains, cessent de combattre: ils tendent les bras en posture de suppliants; ils demandent la permission de conférer avec Hormisdas. Les Romains, de leur côté, suspendent les attaques. On descend du haut du mur, par le moyen d'une corde, le commandant de la place nommé Mamersidès[161]; il obtient de l'empereur que les habitants sortiront sans qu'il leur soit fait aucun mal; qu'on leur laissera à chacun un habit et une somme d'argent marquée, et que Julien, quelque traité qu'il fasse dans la suite, ne les livrera jamais aux Perses: ils savaient que s'ils retombaient entre les mains de ces maîtres cruels, ils ne pouvaient éviter d'être écorchés vifs comme des traîtres. Dès que le commandant fut retourné dans la ville, les habitants ouvrirent les portes; ils défilèrent à travers l'armée romaine, louant hautement la valeur et la clémence également héroïques de l'empereur. On trouva dans la place quantité de blé, d'armes, de machines, et de meubles de toute espèce. Le blé fut transporté sur la flotte; on en distribua une partie aux soldats. On leur abandonna les armes qui pouvaient être à leur usage. Le reste fut jeté dans le fleuve, ou consumé par les flammes avec la place.

[154] Cette place est nommée Bersabora par Zosime (l. 3, c. 17). C'était dit Libanius, une grande ville de l'Assyrie qui portait le nom de celui qui régnait, c'est-à-dire de Sapor; ἦν πόλις Ἀσσυρίων μεγάλη τοῦ τότε βασιλεύοντος ἐπώνυμος. L'orateur d'Antioche ne se trompe point; cette ville portait un nom qui était celui du prince régnant. Les Perses et les Syriens l'appelaient Fyrouz-Schahpour ou Fyrouz-Schabour, ce qui signifie en persan la victoire de Schahpour. Elle devait ce nom à Sapor Ier, deuxième prince de la race des Sassanides; avant lui elle s'appelait Anbar. Cette ancienne dénomination a fini par prévaloir, et elle la porte encore aujourd'hui. Le nom d'Ancobaritis, qui désigne dans Ptolémée toute la partie méridionale de la Mésopotamie, sur les bords de l'Euphrate, tirait probablement son origine de celui d'Anbar.—S.-M.

[155] Πόλεως μεγάλης καὶ τῶν ἐν Ἀσσυρίᾳ μετὰ Κτησιφῶντα μεγίϛης. Zos. l. 3, c. 18. Ammien Marcellin se contente de dire qu'elle était vaste, peuplée et environnée comme une île. Amplam et populosam, ambitu insulari circumvallatam. Ammien Marc. l. 24, c. 2.—S.-M.

[156] Selon Ammien Marcellin (l. 24, c. 2), Julien fit le tour de la place, obequitans mœnia imperator.—S.-M.