Vita Ath. in edit. Benedict. p. 77.

Till. persec. de Julien.

Dans le temps qu'il affectait d'oublier ses propres injures, il n'épargnait pas les ennemis de ses dieux. Artémius, commandant des troupes en Égypte, fut la première victime du zèle de Julien pour l'idolâtrie. Ammien Marcellin se contente de dire qu'il fut accusé de crimes atroces par les Alexandrins, et condamné à mort[12]. Son histoire est développée plus au long, par les auteurs ecclésiastiques. L'évêque George dévoué aux Ariens, auxquels il devait sa fortune, s'était rendu également odieux à tout le reste des Alexandrins, aux catholiques qu'il persécutait, aux païens dont il voulait détruire le culte, aux magistrats qu'il méprisait, au peuple qu'il accablait en tyran. Les païens surtout nourrissaient secrètement contre lui une haine mortelle. Il empêchait leurs sacrifices et la célébration de leurs fêtes: secondé d'Artémius et de ses troupes, il renversait leurs autels, il enlevait à main armée leurs statues et tous les ornements de leurs temples. Au retour d'un voyage qu'il avait fait à la cour de Constance, passant avec un nombreux cortége devant le temple du Génie[13], et jetant un regard de courroux sur ce magnifique édifice: Jusqu'à quand, dit-il, laisserons-nous subsister ce sépulcre[14]? Les idolâtres frappés de cette parole, résolurent de le perdre pour sauver leur dieu. Dès que Julien fut sur le trône, ils commencèrent par attaquer Artémius, dont la puissance servait de rempart à l'évêque. Ils le déférèrent à l'empereur comme le soutien et l'exécuteur de toutes les violences de George[15]. Julien lui ordonna de se rendre à Antioche. Artémius partit en menaçant les habitants de leur faire payer bien cher à son retour les frais d'un si fâcheux voyage. Il ne revint pas. Julien lui fit trancher la tête, et l'église grecque l'honore comme un célèbre martyr[16]. Les critiques se partagent à son sujet: tous conviennent qu'il avait été, comme son prédécesseur Sébastien, zélateur de l'Arianisme, partisan de George, ennemi déclaré d'Athanase qu'il avait poursuivi jusque dans les déserts; mais quelques-uns prétendent que touché de la grace divine, il reconnut son erreur, et mérita la couronne du martyre: les autres n'aperçoivent aucune preuve de sa pénitence, et désapprouvent le culte que lui rendent les Grecs.

[12] Tunc Artemius ex duce Ægypti, Alexandrinis urgentibus atrocium criminum mole, supplicio capitali mulctatus est. Théodoret l'appelle ςρατήγος τῶν ἐν Αίγύπτῳ ςρατιωτών. Julien le nomme par dérision le roi et le tyran de l'Égypte, βασιλέα τής Αίγύπτου καί τύραννον, faisant sans doute allusion aux violences commises par lui pour appuyer George et les Ariens.—S.-M.

[13] Per speciosum Genii templum, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 11, voulant sans doute parler du génie ou de la fortune, τύχη, d'Alexandrie. Toutes les villes possédaient un temple ou au moins un oratoire dédié à leur génie tutélaire.—S.-M.

[14] Quamdiu sepulchrum hoc stabit? Ammien Marcellin, l. 22, c. 11.—S.-M.

[15] On l'accusait d'avoir renversé et pillé le temple de Sérapis. Dans ses actes recueillis par Surins, on rapporte aussi qu'il avait contribué à la mort de Gallus. Cette circonstance pourrait peut-être nous faire connaître la véritable cause ou au moins le prétexte de la sévérité de Julien envers ce général.—S.-M.

[16] C'est le 20 octobre que l'on célèbre sa fête.—S.-M.

VII. George massacré.

Jul. ep. 10, p. 378.