Decidit in fluctus.
Socrate rapporte, l. 5, c. 14, qu'il se précipita dans un fleuve voisin d'Aquilée, où il trouva la mort, εἰς τὸν παρακείμενον ποταμὸν ῥίψας ἑαυτὸν ἀπεπνίγη.—S.-M.
LXIII.
Guerre des Francs.
Victor, fils de Maxime, qui dans un âge encore tendre[661], portait déja le titre d'Auguste, était demeuré dans la Gaule. Son père avait confié le soin de sa personne, et la défense du pays à Nanniénus[662] et à Quintinus, qu'il avait établis maîtres de la milice[663]. Tandis que Maxime était occupé de la guerre contre Théodose, ces généraux en avaient deux à soutenir contre les Saxons et contre les Francs[664]. Les premiers avaient fait une descente sur les côtes de la Gaule[665]: ils furent aisément repoussés. Il n'en fut pas de même des Francs[666]; conduits par trois princes, Génobaudès, Marcomir et Sunnon, ils passèrent le Rhin[667], ravagèrent le pays, massacrèrent les habitants, et donnèrent l'alarme à Cologne [Colonia Agrippina]. La nouvelle en étant venue à Trèves, Nanniénus et Quintinus assemblèrent des troupes et marchèrent à l'ennemi. A leur approche, la plupart des Francs repassèrent le Rhin avec leur butin. Ceux qui demeurèrent en deça, furent taillés en pièces près de la forêt Carbonnière[668]; c'était une partie de la forêt des Ardennes qui s'étendait entre le Rhin et l'Escaut. Après ce succès, les deux généraux se séparèrent. Nanniénus refusa de poursuivre les Francs dans leur pays, persuadé qu'on les trouverait en état de se bien défendre; il se retira à Mayence [Mogontiacum]. Quintinus, plus téméraire, prit seul le commandement de l'armée, et passa le Rhin près de Nuitz [Nivisium[669]]. Au second campement, il trouva de grands villages abandonnés[670]. Les Francs feignant d'être effrayés, s'étaient retirés dans des forêts dont ils avaient embarrassé les chemins par de grands abatis d'arbres. Les soldats romains mirent le feu aux habitations et passèrent la nuit sous les armes. Au point du jour, Quintinus entra dans les forêts, où il s'égara; enfin, trouvant toutes les routes fermées, il prit le parti d'en sortir, et s'engagea dans des marais dont ces bois étaient bordés. On aperçut d'abord un petit nombre d'ennemis qui, élevés sur les monceaux d'arbres abattus comme sur des tours, lançaient des flèches empoisonnées, dont la moindre blessure portait la mort. Leur nombre croissant à chaque moment, les Romains tentèrent d'abord de traverser les marais pour gagner la plaine; mais ils reconnurent bientôt que c'était chercher une perte assurée. Les hommes et les chevaux s'enfonçant de plus en plus à chaque pas dans une vase molle et profonde, y demeuraient engagés et immobiles, exposés à tous les coups des ennemis. Il fallut donc retourner sur leurs pas à travers une grêle de traits. Dans ce désordre, toute l'armée fut détruite; plusieurs périrent dans les marais. Ceux qui gagnèrent les bois, cherchant en vain une retraite, trouvèrent partout l'ennemi et la mort. Héraclius, tribun des Joviens, et presque tous les officiers y laissèrent la vie. Il n'y eut que très-peu de soldats qui se sauvèrent à la faveur de la nuit[671]. Quintinus revint en Gaule couvert de honte. Il y apprit la mort de Maxime, et se vit lui-même en grand danger de subir le même sort. Arbogaste, envoyé par Théodose en cette province, fit mourir le jeune Victor. Nanniénus et Quintinus, dépouillés du commandement, ne conservèrent leur vie que par la clémence du vainqueur.
[661] Zosime l'appelle, lib. 4, c. 47, un jeune enfant, τὸ μειράκιον.—S.-M.
[662] Il est probable que ce général est le même que celui qui est appelé Nannéïus, par Ammien Marcellin, l. 28, c. 8, et qui fut en l'an 370, chargé de combattre les Saxons. Voy. tom. 3, pag. 409, liv. XVIII, § 18.—S.-M.
[663] Nannenus et Quintinus militiæ magistri, quibus infantiam filii et defensionem Galliarum Maximus commiserat. Sulp. Alex. apud Greg. Tur. l. 2, c. 9.—S.-M.
[664] Saint Ambroise indique en ces termes tous les lieux où Maxime eut à soutenir la guerre et ceux où il fut vaincu. Ille igitur statim à Francis, à Saxonum gente, in Sicilia, Sisciæ, Petavione: ubique denique terrarum victus est. Ambros. ep. 40, ad Theod. t. 2, p. 953.—S.-M.
[665] Cette invasion des Saxons n'est connue que par le passage de S. Ambroise, que je viens de citer.—S.-M.