Oros. l. 7, c. 32 et 33.

Jorn. de reb. Get. c. 25.

Isidor. chron. Goth.

Vulcanius de litteris et lingua Goth.

Till. Arian. art. 132 et 133.

Fleury, Hist. Eccl. l. 16, c. 42, l. 17, c. 36.

Ce fut alors que l'arianisme jeta chez les Goths de plus profondes racines. Il y avait environ un siècle que la religion chrétienne s'était introduite parmi eux[241]. Leur évêque Théophile avait assisté au concile de Nicée[242]: mais la croyance orthodoxe commençait à s'altérer depuis quelque temps. Ils avaient pour évêque Ulphilas, Cappadocien d'origine[243], prélat plus zélé qu'éclairé sur les matières alors contestées dans l'Église. Il avait converti un grand nombre d'idolâtres: car l'idolâtrie était encore parmi les Goths la religion dominante, et Athanaric persécutait même les chrétiens avec violence[244]. Ulphilas encourageait les fidèles[245]; il contribua aussi par ses sages avis à adoucir les mœurs de la nation: ses paroles étaient respectées comme des lois[246]. Les auteurs anciens lui attribuent l'honneur d'avoir inventé l'alphabet gothique, et communiqué aux Goths la connaissance des lettres[247]. Cependant il paraît, par les caractères runiques gravés sur les rochers de la Suède, et qu'on croit antérieurs à la migration des Goths, que ce peuple avait l'usage de l'écriture avant que de quitter le pays de son origine[248]. La langue gothique en traversant la Germanie et la Scythie, dut se charger de plusieurs termes étrangers[249]; elle dut aussi contracter quelque teinture de la langue grecque, par le voisinage des colonies grecques établies sur le bord du Pont-Euxin[250]. En effet on aperçoit plusieurs caractères grecs dans l'alphabet attribué à Ulphilas[251]. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il traduisit la Bible en langue du pays[252], à l'exception des livres des Rois, qu'il ne voulut pas mettre sous les yeux des Goths, de peur que la lecture de tant de guerres n'enflammât encore la passion que ce peuple avait pour les combats[253]. Mais il ne fut pas en garde contre les artifices des Ariens: il se laissa corrompre, et corrompit ensuite sa nation[254]. Il s'était trouvé en 360 au concile de Constantinople, où les Anoméens l'avaient engagé à signer le formulaire de Rimini[255]. Fritigerne ayant ensuite embrassé l'arianisme en reconnaissance des secours que Valens lui avait prêtés contre Athanaric[256], l'erreur s'était peu à peu répandue[257]. Enfin lorsque les Goths demandèrent à Valens la permission de passer en Thrace, Ulphilas étant le chef de la députation, les évêques Ariens qui se trouvaient à la cour, profitèrent de l'occasion pour achever de le pervertir. Ils lui firent entendre qu'il ne s'agissait entre les deux partis que d'une dispute de mots, et l'appuyèrent de leur crédit auprès de l'empereur, à condition qu'il prêcherait leur doctrine. Valens fit partir avec lui[258] des évêques ariens[259]. Ainsi les Visigoths infectés de l'hérésie, la communiquèrent aux Ostrogoths, aux Gépides[260], aux Vandales, aux Bourguignons. Tous ces peuples la portèrent avec eux dans leurs conquêtes, et y demeurèrent opiniâtrement attachés.

[241] Le christianisme avait été introduit chez les Goths par les esclaves qu'ils avaient amenés de l'Asie-Mineure, et particulièrement de la Cappadoce, lors des expéditions qu'ils y entreprirent, pendant les troubles qui agitèrent l'empire sous le règne de Gallien. On peut voir à ce sujet le récit de Philostorge, l. 2, c. 5. Les auteurs arméniens font aussi souvent mention des captifs de Cappadoce, qui portèrent la religion chrétienne chez les Goths.—S.-M.

[242] On doit la connaissance de ce fait important à l'historien Socrate, l. 2, c. 41. Selon le P. Lequien (Oriens Christ. p. 1241), Théophile serait le même qu'Ulfilas. Cette opinion est peu vraisemblable; l'intervalle de temps est trop considérable.—S.-M.

[243] Cet évêque que Philostorge, l. 2, c. 5, appelle Ourphilas, descendait de ces captifs amenés de Cappadoce. Ses ancêtres avaient habité dans ce pays le bourg de Sadagolthina, situé près d'une ville de Parnassus dont on ignore la position. Oἱ Οὐρφίλα πρόγονοί, Καππαδόκαι μὲν γένος, πόλεως δὲ πλησίον Παρνασσοῦ, ἐκ κώμης δὲ Σαδαγολθινὰ καλουμένης.—S.-M.