VI.
Avarice des Romains.
Amm. l. 31, c. 4, 5 et 6.
Hier. chron.
Oros. l. 7, c. 33.
Idat. chron.
Jorn. de reb. Get. c. 26.
Isidor. chron. Goth.
Toute la prudence humaine eût été nécessaire pour contenir cette nation turbulente et indocile. Mais il semblait que Valens avait rassemblé autour des Visigoths tout ce que l'empire avait alors d'officiers injustes, violents, ravisseurs. Lupicinus et Maxime, les chefs et les plus avares de tous, s'acharnèrent sur ces nouveaux hôtes comme sur une proie; et après les avoir dépouillés, ils les abandonnaient encore à l'avidité de leurs subalternes[266]. Au lieu de leur fournir des subsistances, on ferma les magasins. On leur fit acheter bien cher les plus misérables nourritures; ils furent réduits à manger des chiens[267]; on leur vendait un chien pour un esclave; et ces malheureux, après s'être défaits de tout ce qu'ils possédaient, furent réduits à livrer leurs propres enfans, auxquels ils ne pouvaient conserver la vie qu'au prix de leur liberté. Les principaux même de la nation ne furent pas exempts de cette nécessité déplorable[268]. Ils n'avaient plus de ressource que dans le désespoir; et il allait éclater, lorsque Lupicinus, prévoyant l'orage, les fit presser par ses soldats d'abandonner les bords du Danube, et d'avancer dans l'intérieur du pays, où il espérait les affaiblir, ou les détruire en les séparant les uns des autres. Pendant que les troupes romaines, qui gardaient le passage du fleuve, s'en éloignaient pour escorter les Barbares, Alathée et Saphrax ne voyant plus d'obstacles, traversèrent le Danube en diligence à la tête des Ostrogoths, et suivirent la trace de Fritigerne[269].
[266] On les laissait errer sur les bords du fleuve, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 5. At vero, Thervingi jamdudum transire permissi, prope ripas etiamtum vagabantur.—S.-M.