Amm. l. 31, c. 10, 11 et 12.

Cellar. geog. antiq. l. 2, c. 3. § 42, et c. 7, § 42.

Après avoir fait les dispositions nécessaires pour la sûreté de la Gaule, Gratien prit sa route par la Rhétie. Il passa par Arbon [Arbor felix][326], au bord du lac de Constance, et arriva à Lauriacum, ville du Norique, célèbre en ce temps-là: c'est aujourd'hui le village de Lorch, sur le Danube, entre les rivières de Traun et d'Ens. Le jeune empereur fit alors une faute trop ordinaire aux souverains. Frigérid allait fermer le pas de Sucques, pour empêcher les Barbares de pénétrer en Occident. Ce général était habile, sage, d'un esprit solide, actif, mais plus occupé de projets utiles que d'entreprises brillantes, tel, en un mot, que dans de si fâcheuses conjonctures il aurait fallu le retenir au service, s'il eût voulu se retirer. Tandis qu'il travaillait avec zèle à servir l'État, les courtisans oisifs le ruinèrent dans l'esprit de Gratien; il l'éloigna, et envoya pour le remplacer le comte Maurus, fanfaron, étourdi, intéressé[327]: c'était le même qui avait mis son collier sur la tête de Julien, lorsqu'on avait proclamé ce prince empereur, et qu'on lui cherchait un diadème[328]. Gratien ayant mandé à son oncle la victoire qu'il venait de remporter sur les Allemans, fit conduire ses bagages par terre, et s'étant embarqué sur le Danube avec son armée, il arriva à Bononia[329], et s'arrêta quatre jours à Sirmium[330]. Une fièvre intermittente ne l'empêcha pas de continuer sa marche jusqu'à une ville de Dacie, nommée le camp de Mars[331]. Il fut attaqué dans cette route par un grand corps d'Alains, qui lui tuèrent plusieurs soldats. De là il dépêcha à Valens le comte Richomer, pour l'avertir qu'il allait incessamment le joindre, et pour le prier de l'attendre et de ne pas s'exposer seul au péril d'une bataille qui devait décider du sort de l'empire.

[326] Ce lieu, peu considérable, situé au midi du lac de Constance, dans le canton de Thurgovie, est placé par les itinéraires romains à 20 milles au nord-ouest de Brigantia, actuellement Brégentz.—S.-M.

[327] Successor Maurus nomine mittitur comes, venalis ferociæ specie, et ad cuncta mobilis et incertus. Am. Marc. l. 31, c. 10.—S.-M.

[328] Voyez t. 2, pag. 326, liv. XI, § 9.—S.-M.

[329] Voyez au sujet de cet endroit t. 2, p. 366, not. 2, l. XI, § 38.—S.-M.

[330] Gratianus docto litteris patruo, quâ industriâ superaverit Alamannos, pedestri itinere præmissis impedimentis et sarcinis, ipse cum expeditiore militum manu permeato Danubio, delatus Bononiam, Sirmium introiit. Amm. Marc. l. 31, c. 11.—S.-M.

[331] Ce lieu, qui était dans la partie de la Mœsie appelée Dacia ripensis, à cause de sa position sur le bord du Danube, est encore mentionné dans le Synecdème d'Hiéroclès; mais on ignore sa véritable position. On apprend de Sozomène, l. 9, c. 5, que c'était un siége épiscopal. Procope parle aussi de cette place dans son traité des édifices de l'empereur Justinien, l. 4, c. 6; mais ce qu'il y a de singulier dans ce qu'il dit, c'est qu'il en marque la position, non pas sur le bord du Danube, mais loin du fleuve, οὐ παρὰ τοῦ ποταμοῦ κειμένων τὴν ὄχθην, ἀλλὰ κατὰ πολὺ ἄποθεν ὄντων, tandis qu'il semble résulter bien clairement des paroles d'Ammien Marcellin, per idem flumen ad Martis castra descendit, que ce fort était situé sur les bords du Danube.—S.-M.

XXI.