Mais si ce décolletage sait bien où s'arrêter, avec M. Halévy, il n'a plus de mesure, avec M. Droz. Je voudrais m'en défendre: mais toutes ces manières, ces précautions de style et ces enguirlandements autour d'une situation franchement libertine, me rappellent les jeux de cartes que des industriels malpropres débitent à l'oreille des gens, sur le boulevard. Au juger, et pour qui ne connaît point le mystère, cela demeure inoffensif et anodin, avec des airs candides de sujets de genre. A la lumière, l'obscénité transparaît. Monsieur, Madame et Bébé est un peu dans ce cas. Mais M. Droz a fait pénitence, depuis, et cela serait bien, sans doute, si l'excès de son repentir ne l'avait condamné à la littérature terriblement honnête de Tristesses et sourires[ [129]. Le succès l'a récompensé. J'en suis ravi. Mais il faut croire qu'il y a un dieu pour les pédants, puisque de tels livres s'impriment et se débitent, et font des réputations. Oui, monsieur, ne secouez pas la tête, des réputations. Et vous en avez une autre preuve bien distinguée dans la personne de M. Duruy. Ce jeune homme fut cacochyme à vingt ans. Les muses lui avaient été avares de sourires, et il dut à cette austérité de régime le succès de sa littérature[ [130]. On m'affirme que M. Duruy, pour avoir traversé l'école normale, se fait figure d'un psychologue, et on me dit encore que, de n'avoir point fréquenté la Boule-Noire, il tient que l'idéalisme n'eut pas de servant plus scrupuleux. Si l'on appelle idéalisme la négation de la vie, la substitution d'un rêve sans consistance à la réalité logique, va pour idéalisme. Il en est un moins éthéré, plus voisin de nous, qui ne traite pas la vie avec ce sans-gêne, qui choisit, élimine, néglige volontiers de nous renseigner sur les fonctions du gros intestin, s'occupe médiocrement du corps, mais retient toute l'âme. C'est l'idéalisme d'un Racine et, par endroits, d'un Anatole France. M. Duruy en est loin, avec de belles prétentions à y toucher. Peut-être aussi se figure-t-il qu'il suffit de peindre le «grand monde» pour être un idéaliste. Si vous voulez bien, nous le renverrons là-dessus à notre amie Gyp, qui n'est point une idéaliste, Dieu sait! mais qui connut le monde et le rendit comme elle le connaissait...[ [131].


—Sur quoi, je pris congé...

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CHAPITRE VII
LES NOUVELLISTES

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CHAPITRE VII
LES NOUVELLISTES

Charles Monselet.—Aurélien Scholl.—Théodore de Banville.—Paul Arène.—Guy de Maupassant.—Armand Sylvestre.—François Coppée.—Catulle Mendès.—Quatrelles.—René Maizeroy.—Arsène Houssaye.—Pierre Véron.—Augustin Filon.—Edmond Lepelletier.—Paul Ginisty.—Hugues Le Roux.—Maurice Talmeyr.—Joseph Montet.—Charles Leroy.—Armand Dayot.—Jean Destrem.—Henri Carnoy.—Eugène Chavette.—Théo-Critt.—Dubut de Laforest.—Paul Alexis.—Jules Moinaux.—Edmond Deschaumes.—Horace Bertin.—Eugène Mouton.—Harry Allis.—Félicien Champsaur.—Eugène Guyon.—Edouard Siébecker.—Coquelin cadet.—Etincelle.—Auguste Germain.—Alexandre Pothey.—Albert Cim.—Mme Jeanne Mairet.—Louis Tiercelin.—Charles Buet.—Oscar Méténier.—Rachilde.—Léon Barracand.—Jean Rameau.—Adrien Marx.—Alphonse Allais.—Divers.—La Vie parisienne.

Les nouvellistes ou «novellistes» sont aujourd'hui légion, et je ne puis songer à les énumérer tous, car tous nos écrivains, ou presque, se sont établis nouvellistes. On y mettait plus de discrétion jadis. La nouvelle n'était cultivée que du petit nombre, et ce petit nombre ne comptait que des délicats. Souvenez-vous de Nodier et de Mérimée. Et rappelez-vous aussi Charles de Bernard. Il faut regretter ces temps lointains, où la nouvelle, en son raccourci savant, avait encore quelques droits à passer pour le fin mot de l'art. Nos pères, qui étaient des classificateurs émérites, la plaçaient au-dessus du roman. Peut-être n'avaient-ils pas tort. La nouvelle, en ces âges naïfs, faisait pendant au sonnet. Une nouvelle sans défaut illustrait d'un coup son auteur, et Becquet, ignoré la veille, n'avait qu'à écrire Le mouchoir bleu pour devenir «quelqu'un».