«La plupart des jeunes écrivains... repoussent violemment les traditions du roman d'hier. Ils répudient, avec une véhémence un peu ridicule, l'idéalisme de George Sand et la fantaisie de Dumas père. Ils ne veulent pas que le roman ressemble à une œuvre d'imagination. Ils n'admettent pas que l'écrivain puisse pétrir à son gré la réalité, inventer des caractères, interpréter la nature et l'embellir. Ils exigent qu'il la suive pas à pas. Entre leurs mains, le roman revêt un caractère purement psychologique; l'analyse y remplace l'invention; l'observation patiente des milieux y tient lieu des belles imaginations. En un mot, le roman n'est plus un écrit; c'est une étude, une copie désintéressée de la vie contemporaine. L'auteur dissèque avec amour l'âme, ou pour mieux dire, le tempérament de ses héros; il en démonte les ressorts cachés; il en fait vibrer les fibres secrètes; il le met à nu devant nous.

«Cette anatomie morale n'est pas sans dangers. Celui qui procède à ces analyses s'y livre avec passion, et, par cela même, les pousse trop loin, au delà des limites raisonnables. Après avoir étudié les grands mouvements de l'âme humaine, il passe aux secondaires, puis aux plus petits. Une tendance secrète l'attire vers les exceptions physiologiques et psychologiques. Les monstres le tentent, l'intéressent; il aime mieux peindre les déviations de l'amour que l'amour lui-même; il se grise avec ses recherches. Il lui semble qu'il n'atteint jamais la vérité, qu'il ne fouille jamais assez profond, et la crainte qu'il a d'être banal et superficiel le conduit tout droit aux complexités bizarres. De là, cette psychologie affinée, maladive, étrangement subtile, qui s'étale dans les romans de M. Huysmans, et dans les derniers livres des Goncourt. Enfin, pour exprimer ces sensations anormales, ces nuances infinies de la pensée et du sentiment, les mots usuels ne suffisent plus. On en invente; on crée ces épithètes extraordinaires, ces verbes macabres, ces mots surprenants, qui ne participent pas plus du français que du chinois et qui font de certains livres modernes une énigme prétentieuse et puérile.»

[177] Cf. Les Mariages d'aujourd'hui, Petits mémoires d'une stalle d'orchestre, Les fredaines de Jean de Cérilly, La Pivardière le bigame, etc.

[178] Cf. Serge Panine, Les Dames de Croix-Mort, Le Maître de Forges, La grande Marnière, Noir et Rose, Volonté, etc.

[179] Cf. Le comte Xavier, Nouvelles russes, Un Violon russe, Angèle, Cléopâtre, Claire fontaine, L'Amie, etc.

[180] Cf. La Chasse aux juifs. M. Delines est un des traducteurs attitrés des romans russes (traduct. de Tolstoï et de Tchédrine).

[181] Voir surtout ses Contes juifs. M. de Sacher-Masoch, petit-russien de naissance, est originaire de Lemberg. Son cas présente quelques rapports avec celui de Tourguenieff, qui écrivit comme lui dans sa langue natale et en français. On admire fort, à l'étranger, son Kaunitz, son Dernier roi des magyars et Le fils de Caïn.

[182] Voir ses Contes russes. M. Sichler a écrit une Histoire de la littérature russe qui a quelque mérite dans sa partie mythique et légendaire.

[183] Un pseudonyme qui cache je ne sais qui, mais point un français, à coup sûr. Gauchement écrits, les romans d'Ary Ecilaw (Roland, Une altesse impériale, etc.), fourmillent, dit-on, de révélations sur les cours du nord.

[184] Voir la série des Va-nu-pieds de Londres.