«Ceci prononcé au coin du soleil levant, vous gagnez l'autre coin, suivant le cours de cet astre, vous y prononcez ce que dessus. Vous en faites de même aux autres coins; et étant de retour où vous avez commencé, vous y prononcez de nouveau les mêmes paroles. Observez, pendant toute la cérémonie, que les animaux soient toujours devant vous, parce que ceux qui traverseront sont autant de bêtes folles.

«Faites ensuite trois tours autour de vos chevaux, faisant des jets de votre sel sur les animaux, disant:—Sel, je te jette de la main que Dieu m'a donnée; Grapin, je te prends, à toi je m'attends.

«Dans le restant de votre sel, vous saignerez l'animal sur qui on monte, disant:—Bête cavaline, je te saigne de la main que Dieu m'a donnée; Grapin, je te prends, à toi je m'attends.»

Ou pourrait choisir entre mille recettes du même genre; mais comme elles se valent toutes, et que quelques-unes seulement se distinguent par des profanations et des blasphèmes, nous n'insisterons pas plus longtemps, et pour en finir avec les maléfices de cette espèce, nous ajouterons que certains sorciers avaient la prétention de créer des animaux, et de les tirer, comme Dieu, du néant. L'auteur du Monde enchanté, Bekker, a examiné à fond cette question, et si, forcé, dit-il, par l'évidence, il accorde aux magiciens le pouvoir de faire des poux, il croit que ce pouvoir se borne là, et il leur refuse même celui de faire des grenouilles.


[XV.]

Opérations de la sorcellerie contre les hommes.—Maladies effroyables.—Envoûtement.—La fièvre du roi Duffus.—L'évêque Guichard, la reine Blanche et sa fille Jeanne.—De l'envoûtement à la cour de France au XVIe siècle.

En suivant les pratiques de la sorcellerie d'après l'échelle ascendante des êtres, nous arrivons des éléments à la matière, de la matière à l'animal, de l'animal à l'homme, et nous trouvons le magicien opérant sur ses semblables et, en dernière analyse, sur lui-même; en d'autres ternies, le sorcier ensorcelle les autres et finit aussi par s'ensorceler. Ici encore nous allons le suivre pas à pas à travers ses ténébreuses pratiques.

Lorsque le sorcier agit sur les autres ou pour les autres, c'est, en général, pour nuire ou servir des passions coupables, et en cela il diffère essentiellement de l'enchanteur et même du magicien, tel que ce dernier est présenté par les croyances orientales, ou par les plus anciens poèmes chevaleresques, car dans ces poèmes, comme dans ces croyances, le magicien fait plus volontiers le bien que le mal et on peut le prendre sans scrupule pour un savant ou pour un sage. Quant au sorcier, c'est toujours et partout, dans ses rapports avec ses semblables, l'homme que nous avons vu plus haut pactiser avec le diable; c'est toujours un être foncièrement méchant; on en jugera par ce qui suit.

Comme les dieux de l'enfer païen, le sorcier ne sait point s'attendrir, et pour se venger de ses ennemis, quelquefois même pour tourmenter par plaisir ceux qui lui font envie, il les frappe de maladies effroyables. M. de Saint-André parle d'une jeune fille ensorcelée, qui, après avoir perdu le mouvement et la respiration, vomit, pendant plusieurs mois, des coques d'œufs, du verre, des coquilles, des clous de roues de chariot, des couteaux, des aiguilles et des pelotes de fil. D'autres vomissaient des crapauds, des serpents, des hiboux; quelquefois le sorcier ordonnait au diable lui-même d'entrer dans le corps de la victime, et alors on voyait se produire, par l'effet du maléfice, tous les phénomènes de la possession. Les ensorcelés qui portaient en eux un autre être, se détournaient de la société des hommes pour s'exiler dans les cimetières, et jusque dans les tombeaux. Leur figure avait la couleur du cèdre; leurs yeux rouges comme des charbons, sortaient des orbites; leur langue, roulée comme un cornet, pendait sur leur menton, et le contact et la vue des choses saintes produisaient sur eux le même effet que l'eau sur les hydrophobes. La médecine était impuissante à les guérir, et ils mouraient souvent comme suffoqués par le diable.