Que voilà bien la dignité et la supériorité des femmes! Les philosophes qui nous représentent le beau comme la splendeur du bien, songeaient sans doute à la femme vraiment femme, dont l'âme est bonne autant que l'enveloppe de chair est belle. En elle, l'esprit et le corps s'harmonisent délicieusement; et de même qu'elle nous surpasse en vertu, en affection, en dévouement, de même encore elle nous prime par l'agrément, la finesse et le charme. Matérielle beauté, immatérielle bonté, tels sont les titres de prééminence que l'homme ne saurait lui disputer raisonnablement. On voit que nous oublions pour l'instant (nous sommes bon prince) qu'il y a des femmes abominablement laides et méchantes; mais quelque nombreuses qu'on les suppose, il est magnanime de les tenir pour une exception. Celles-ci du moins manquent à leur mission, à leur fonction, à leur devoir social, qui est la grâce et la tendresse.
Qu'on ne nous parle plus, en tout cas, de l'égalité des sexes: chacun a ses privilèges de nature, ses qualités originelles et ses prérogatives éminentes. Dès lors, nous pouvons nous dire supérieurs aux femmes en certains points, sans rabaisser leur mérite ni blesser leur amour-propre, puisqu'elles rachètent et compensent ce qu'elles ont en moins par des avantages physiques et des qualités morales, qu'il n'est point donné aux hommes de reproduire également.
II
Mais qui les a faites ainsi vertueuses et vaillantes, sinon cette vieille éducation française, prudente et fermée, que le féminisme a coutume de railler? Il faut cependant constater, pour être juste, que la femme française est restée capable d'héroïsme, de cet héroïsme quotidien qui consiste à tenir tête obscurément à la mauvaise fortune, aux peines, aux privations, aux devoirs de chaque jour, et de cet héroïsme particulier qui, aux moments de panique, consiste à se dévouer quand de plus forts se sauvent. Il faut pourtant confesser (la démonstration en est faite) que le niveau moral des femmes est très supérieur à celui des hommes; qu'elles ont sur nous, notamment, cette primauté rare qu'elles croient encore à l'efficacité des grandes idées, au désintéressement, à l'amour, à tout ce qui élève et ennoblit l'existence, et qu'ayant foi en l'idéal, quelles que soient les amertumes et les désillusions de la vie, elles conservent dans le secret de leurs âmes le trésor des pures aspirations et des généreuses vaillances.
Et si nous voyons autour de nous tant de femmes admirables, c'est donc qu'elle n'est pas si mauvaise, si surannée, si futile, cette vieille éducation qui consiste à entourer la jeune fille de soins jaloux, à la préserver des contacts prématurés du monde, à la couver chaudement sous l'aile de la mère! On ne voit point que tant de précautions l'aient placée en un état d'infériorité avilissante. Initiée prématurément au goût de l'indépendance et à la connaissance des hommes, exposée de bonne heure aux heurts et aux complications de la vie, ne cessera-t-elle point, par contre, d'être une jeune fille «bien élevée»? A la viriliser à outrance, comme un certain féminisme le réclame, elle sera certainement moins timide; est-il sûr, en revanche, qu'elle soit plus charmante aux heures de gaieté et plus courageuse aux jours d'épreuve? Ne soyons pas injustes envers le passé, ne répudions point son héritage. Acceptons-le, au contraire, avec reconnaissance et tâchons de le compléter, de l'enrichir, de l'améliorer, nous disant que, même en cherchant le progrès, même en aspirant à plus de lumière et à plus de liberté, une société ne doit jamais rompre la chaîne de ses traditions morales.
Au point où nous en sommes, la conclusion s'impose. Du moment qu'il n'y a point de sexe qui soit absolument supérieur à l'autre, et que l'homme et la femme ont des aptitudes, des penchants, des goûts, des tempéraments propres et divers, il est logique d'affirmer que ces différences de nature les prédestinent à des fonctions distinctes. Confions donc à chacun d'eux les rôles dans lesquels ils doivent exceller de par leur constitution même. De la dissemblance des organes et des dons, nous induisons un partage d'attributions qui, ainsi que le prouvent les bienfaits de la division du travail, ne peut manquer de profiter à tous. Le bonheur des individus et le progrès de l'humanité nous font une loi de laisser l'homme et la femme à leurs places respectives.
C'est donc à tort qu'on s'efforce d'exciter la compagne contre le compagnon. De grâce, ne parlons plus du «duel des sexes»: au lieu de se traiter en rivaux et en adversaires, qu'ils se traitent en alliés! La vérité est que l'homme ne peut rien sans la femme, de même que la femme ne peut rien sans l'homme. La civilisation dépend de leur entente cordiale, de leur union. D'où il suit que le but de l'instruction et de l'éducation des femmes ne doit pas être le développement égoïste de leur «autonomie mentale». Ni la femme ni l'homme n'ont le droit de travailler ou de vivre pour soi seul. Quelques-uns rêvent de voir la femme libre «faire un solo dans le concert humain.» Cet individualisme, plus ou moins musical, serait antisocial. Je ne le crois pas même capable d'apporter la joie et le contentement à qui que ce soit. Vae soli! L'homme et la femme ne sont point nés pour chanter isolément, mais en choeur. Duellistes, non; duettistes, oui. Il faut que leurs voix se mêlent comme leurs âmes. Étant faits l'un pour l'autre, ils doivent être l'un à l'autre. Point de division, point d'antagonisme. Le peu de bonheur qui se puisse goûter sur terre réside dans l'harmonie des sexes; et s'il arrive que l'accord de deux êtres se fonde en une parfaite correspondance de pensée, d'aspiration, de goût et de volonté, alors la vie de chacun, embellie et amplifiée par la confiance et l'affection, élève le couple humain à la plus haute félicité qui se puisse atteindre ici-bas. Ne séparons pas ce que la nature, dans ses profonds desseins, veut manifestement unir pour le bien de l'espèce et la conservation de l'humanité!