Il n'est pas moins vrai que la vie au foyer et les tâches simplement ménagères reviennent, par droit de nature, à l'épouse et à la mère. L'avenir verra peut-être se constituer un état social nouveau (dont il n'est point défendu de poursuivre le rêve), où l'ouvrier sera mis, plus efficacement qu'aujourd'hui, à l'abri des risques du chômage, des accidents, de la maladie et des infirmités; où le mari, plus conscient de ses devoirs, se fera un crime de détourner le fruit de son travail de sa destination légitime, qui est le soutien de la femme et des enfants; où le père, enfin, pourra subvenir, par son seul labeur, à l'entretien d'une famille que la morale et la patrie s'accordent à vouloir nombreuse.

Qui sait même si le travail industriel en chambre ne sera pas rendu, pour la femme, plus sain, plus aisé, plus rémunérateur? Qui nous dit que la force motrice ne se transportera pas un jour à domicile, aussi facilement, aussi économiquement que l'eau et le gaz? Ce que la vapeur a fait, l'électricité peut le défaire. Il est dans l'ordre des conjectures permises que, de ces vastes agglomérations humaines qui s'entassent présentement autour des usines, le progrès de l'industrie nous ramène, en une certaine mesure, à un travail familial amélioré, que chacun accomplirait dans la paix du foyer reconquis. Alors cesserait la nécessité douloureuse de la présence des femmes à l'atelier; et les mères pourraient reprendre leur place naturelle à la maison, sans être exposées à mourir de faim sur la pierre du foyer.

Sera-ce pour demain? On ne sait. Mieux vaut, en tout cas, utiliser l'heure présente à préparer ce joyeux avenir qu'à pleurer stérilement un passé irrévocablement révolu.

CHAPITRE V

Ce que les hommes pensent du travail des femmes dans l'industrie

SOMMAIRE

I.--Notre idéal pour l'avenir.--Nos concessions pour le présent.--Point de théories absolues.--Il faut vivre avant tout.

II.--Restrictions apportées au travail féminin dans l'intérêt de l'hygiène et de la race.--Théorie de la femme malade: ce qu'elle contient de vrai.

III.--Aperçu des réglementations de la loi française relatives au travail des femmes dans l'industrie.--Leurs difficultés d'application.--Leur nécessité, leur légitimité.

En ce conflit d'opinions contraires et de tendances adverses, nous proposerons une solution modeste qui, bien qu'ayant l'avantage d'être pratique, fera sourire de pitié, j'en ai peur, les réformateurs systématiques, grands partisans du «tout ou rien». Notre conviction est que le travail, avec quelque équité qu'on le puisse répartir, pèsera toujours d'un poids lourd sur l'immense majorité des femmes et des hommes. Nul système n'aura la vertu de les affranchir des humbles soins de la maison ou des rudes corvées de la vie. Il n'est donné à personne de sortir des lois de la nature et des conditions de ce monde.