III
Cette jeunesse troublante est le produit d'une culture mondaine très affinée et d'une culture morale trop négligée. Elle fait profession de ne rien ignorer, et elle le prouve sans le moindre embarras. On assure même que les demoiselles les plus lancées de cette belle société n'ont point de secret pour les petits jeunes gens de leur entourage, et que ceux-ci en rougissent quelquefois. Elles ne s'effarouchent d'aucun langage, d'aucune lecture, d'aucun spectacle. Toutes les extravagances nouvelles les attirent; seul, l'effort méritoire les épouvante. Passe encore de cultiver le symbolisme vaporeux ou le monologue inédit, de fabriquer des vers décadents ou de la peinture impressionniste, et avec quel talent! vous le savez. Mais si les petits arts d'agrément trouvent grâce devant leur fatuité dédaigneuse, en revanche, le travail sérieux les ennuie autant que l'austère vérité les assomme. Il est évident qu'elles ont résolu de se soustraire, du mieux qu'elles pourront, aux devoirs naturels qui pèsent sur le vulgaire.
J'ai hâte de dire que cette corruption n'est pas tout à fait d'origine française. Il faut y voir, suivant le mot de M. André Theuriet, un curieux exemple de «contagion par infiltration». Depuis plusieurs années, les jeunes filles anglo-américaines pullulent dans nos villes d'eaux et dans les salons parisiens, et nos demoiselles du monde se sont empressées de copier les allures hardies et le sans-gêne émancipé de leurs soeurs étrangères. Seulement, débarrassées de la retenue qu'impose au bon moment la froideur protestante des pays d'Outre-Mer, ces libertés ont vite dégénéré, dans nos milieux français où le sang est plus vif et la tête plus chaude, en excentricités provocantes. Et la logique du mal veut, hélas! (c'est M. Marcel Prévost qui le confesse textuellement dans la préface de son fameux livre) que «pour la fillette d'honnête bourgeoisie, la demi-vierge exerce la fascination du viveur sur le collégien.»
Il reste qu'à Paris comme en province, chez les riches comme chez les pauvres, il n'est qu'une éducation chastement familiale pour soutenir et perpétuer la pure tradition des bons ménages et le renom de la vieille honnêteté française. Mais les pères et les mères auront-ils la sagesse et le courage de défendre leurs enfants, par des habitudes de vie plus simples et plus sévères, contre la contagion des mauvais exemples?
CHAPITRE V
Tendances d'émancipation de la femme «nouvelle»
SOMMAIRE
I.--Les professionnelles du féminisme sont de franches révoltées.--Le prolétariat intellectuel des femmes.
II.--Nouveautés inquiétantes de langage et de conduite.--La femme «libre».--État d'âme anarchique.