Tu fus toute pitié, Femme, et tout esclavage;
Ton grand coeur ruissela sous le viril outrage
Comme sous le pressoir un fruit délicieux.
C'est ainsi que M. Jules Bois parle en prose et en vers à l'Ève nouvelle [17]. Et il compte sur les «hommes nouveaux» qu'enivre «le vin de ses souffrances» pour secouer les chaînes de l'éternelle esclave.
[Note 17: ][ (retour) ] Les Hommes féministes. Revue encyclopédique du 23 novembre 1896, p. 831.
III
Car, aujourd'hui, sachez-le bien, l'abominable sacrifice est consommé. Pour n'avoir point su ni voulu s'élever à la hauteur de la femme, l'homme, appelant à son secours les codes et les dieux, toutes les contraintes, tous les despotismes, a finalement, de sujétion en sujétion et de déchéance en déchéance, abaissé sa compagne au niveau de sa propre grossièreté originelle. Ce n'est pas assez dire: la femme contemporaine est tombée au-dessous du sexe fort. Vous n'imaginez pas ce que son vainqueur en a fait! Tandis que l'Ève des premiers âges rayonnait sur le monde par l'éclat de ses vertus et de ses charmes, la Française de notre fin de siècle n'est qu'une pitoyable dégénérée. Ce n'est plus la femme, mais la «dame [18]», à laquelle on refuse toute intelligence, tout mérite, toute sensibilité, toute noblesse. Après avoir rehaussé de mille grâces la femelle d'autrefois, on accable de mille sarcasmes la femme d'aujourd'hui, passant, avec la même facilité, de la complaisance la plus excessive pour le passé à l'injustice la plus criante pour le présent.
[Note 18: ][ (retour) ] Jules Bois, l'Ève nouvelle, pp. 82 et 83.
Franchement, je ne puis voir dans toute cette littérature retentissante que des préjugés systématiques ou des illusions de visionnaire. Certes, dans les milieux excentriques où sévissent le cabotinage élégant et la mondanité dissipée, il est des femmes qui ne possèdent guère qu'un «cerveau d'autruche» et qu'une «âme de néant», êtres vains et factices, vaniteux et futiles, sortes de «poupées mécaniques» chargées de soie, de dentelles et de bijoux, dont le coeur est froid et la tête vide. Mais ce type égoïste et inutile représente-t-il toutes les femmes de France? toutes nos soeurs, toutes nos filles, toutes nos mères? La «dame» des classes riches ou des milieux aisés est-elle toujours aussi frivole, aussi sèche, aussi nulle? Voilà pourtant ce que la femme moderne serait devenue--une pitoyable dégénérée--sous l'oppression masculine appuyée de l'autorité des lois divines et humaines. De ses misères et de ses défauts la femme n'est donc point responsable. On la tient pour une pure victime. Le seul coupable, c'est l'homme.