[Note 22: ][ (retour) ] La Femme moderne, loc. cit., p. 860.
[Note 23: ][ (retour) ] La Femme moderne, loc. cit., p. 879.
Par contre, les doléances de la femme nous paraissent beaucoup plus dignes de considération, lorsqu'elles visent les humiliations et les déformations que lui inflige notre littérature contemporaine. Voyez ce que les romanciers, les nouvellistes, les chroniqueurs, les dramaturges ont fait de la femme, sous quels traits ils la peignent, de quelle boue ils la pétrissent: dans le plus grand nombre de leurs oeuvres, elle apparaît comme une créature perfide et vaine, intrigante et sèche, vicieuse et malfaisante. Que de livres modernes l'ont injustement courbée sous le mépris ou traînée dans la honte! Du côté des poètes, des rêveurs, des mystiques, c'est une autre chanson. Au lieu de maudire Ève, on la plaint. Elle est l'amie frêle et languide, la malade, l'impure, la tentatrice adorable ou la charmante pécheresse, fleur délicieuse et troublante qui distille le poison avec le miel. Quelle femme ne serait profondément blessée de cette pitié soupçonneuse ou de ces imputations flétrissantes? Rappelons seulement, à titre d'exemple, cette définition d'Alexandre Dumas: «La femme est un être circonscrit, passif, instrumentaire, disponible, en expectative perpétuelle. C'est la seule oeuvre inachevée que Dieu ait permis à l'homme de reprendre et de finir. C'est un ange de rebut [24].»
[Note 24: ][ (retour) ] Préface de l'Ami des femmes. Théâtre complet, t. IV, p. 45.
Il est pourtant une misère plus douloureuse et plus infâme que notre civilisation lui réserve. Et si répugnante est cette plaie que je n'en parlerais pas, si nos féministes, que n'effraie aucun sujet, ne m'en faisaient une obligation: j'ai nommé la prostitution. De fait, la femme tombée est asservie au caprice des brutes. Et la nouvelle école enseigne que, tant qu'une malheureuse sera courbée sous le joug de cette dégradation réglementée, nulle femme honnête ne pourra se dire déliée de toute servitude. Affligée de «l'agenouillement des hommes devant la moins digne d'idolâtrie,» devant cette Circé symbolique qui les change en bêtes, blessée de l'insulte faite à ses soeurs déchues, «elle doit communier par sa conscience indignée, selon le langage hardi de M. Jules Bois, avec l'immense caste des esclaves patentées du plaisir viril [25].»
Nul outrage n'est donc épargné à la femme: tout lui est sujet d'abaissement ou d'ignominie, depuis les plaintes des faux amis jusqu'aux malédictions haineuses des misogynes, depuis les égards mortifiants de la galanterie mondaine jusqu'aux suprêmes injures de la débauche. Mme Pauline Thys en conclut, dans une langue réaliste, que «l'homme est le seul animal qui méprise sa femelle [26].»
[Note 25: ][ (retour) ] La Femme nouvelle, loc. cit., p. 837.
[Note 26: ][ (retour) ] La Femme moderne, loc. cit., p. 891.