CHAPITRE V

L'intellectualité féminine

SOMMAIRE

I.--Caractères prédominants de l'intelligence féminine: intuition, imagination, assimilation, imitation.

II.--Ce qui manque le plus aux femmes: un raisonnement ferme, les idées générales, le don d'abstraire et de synthétiser.

III.--D'un sexe a l'autre, il y a moins inégalité que diversité mentale.--Par ou l'intelligence féminine est reine: les graces de l'esprit et le sens du réel.

Impressionnable, sensible, aimante, dévouée, telle est la femme. Ambitieux, volontaire, actif, entreprenant, voilà l'homme. Ces disparités physiques et morales vont nous donner la clef des dissemblances intellectuelles qui séparent les deux sexes.

I

Si la femme est aussi intelligente que l'homme, elle ne l'est pas sûrement de même façon. Du moment que la sensibilité affective fait le fond de sa nature, il n'est pas possible qu'elle pense comme nous, qu'elle raisonne comme nous, qu'elle étudie et qu'elle apprenne comme nous. Et de fait, les caractères dominants de l'intelligence féminine sont, à un degré plus ou moins éminent, l'intuition, l'imagination, l'assimilation et l'imitation.

Et d'abord, toutes les femmes sont des intuitives. Ce que nous acquérons par l'étude, par la réflexion, par l'application, elles y parviennent généralement par une sorte de divination qui va droit à l'objet de la connaissance, d'un bond, d'un trait, sans effort, sans méthode, avec une sagacité, une promptitude, une sûreté admirables. Elles devinent autant qu'elles apprennent. Leur esprit est primesautier. Elles ont des «lumières naturelles»; c'est-à-dire une clairvoyance instinctive, une compréhension vive et spontanée des choses de l'âme, qui manquent à la plupart des hommes. Et cette souplesse, cette agilité, cette vision aiguë et directe leur vient, sans aucun doute, de leur impressionnabilité nerveuse et de leur émotivité affective. Tous les écrivains qui connaissent le mieux la femme, en conviennent. «C'est dans le coeur, a dit Lamartine, que Dieu a placé le génie des femmes.» Et complétant cette pensée, M. Paul Bourget a écrit ce mot profondément vrai: «Le sentiment peut tout faire entrer dans l'esprit d'une femme.» L'intuition! voilà donc la qualité maîtresse de l'intellectualité féminine.

Et l'intuition est soeur de l'imagination. C'est une des dispositions les plus générales et les plus séduisantes de la femme de rêver la vie. Don charmant et dangereux qui colore toutes choses d'un reflet de poésie et incline l'âme aux illusions vagabondes! On ne saura jamais ce qu'une tête féminine abrite de chimères. Êtres de sensibilité vive et de tendresse passionnée, il serait inconcevable que les femmes ne fussent pas romanesques. Leur imagination est d'autant plus éveillée que leur culture générale est moins fermement rationnelle. Mme de Lambert l'a remarqué: «Comme on n'occupe les femmes à rien de solide, cette faculté de leur esprit est souvent la seule qui travaille.» Où l'imagination règne, la raison est servante.