Celui qu'on appelait avec cette irrespectueuse familiarité le père Mahirel, était un riche marchand de bois d'opinions flottantes et plutôt réactionnaires, comme celles de M. Châtenay.

Au fond, il n'existait pas, dans les pays les plus despotiques, de boyard ou de pacha qui lui fussent comparables.

S'il avait pu suivre ses inspirations, il aurait rétabli la gehenne, la torture, les culs de basse-fosse, les oubliettes et la pendaison, haut et court, au premier chêne venu.

Mais, en paysan narquois et madré comme pas un, il comprenait son temps.

Il s'était procuré une peau de mouton à longue laine et l'endossait par dessus sa peau d'ours mal léché.

Sa principale finesse était de compter sur l'incommensurable sottise des autres.

Tout ce qui peut flatter la masse du populaire, l'argent pour rien, la réduction des impôts, point de service militaire, la paix permanente, ce desideratum des campagnards qui ne sont pas si bêtes, il le garantissait sans vergogne.

Les petits surtout étaient l'objet de ses flatteries et de ses prédilections; il s'aplatissait devant eux, parce qu'ils ont le mérite du nombre.

Naturellement les promesses ne lui coûtaient rien.

Il est juste de reconnaître qu'elles ne rapportaient pas davantage.