Elle aurait appris à ses voisines, à ses confidentes, que cette enfant pour laquelle elle avait autant de faiblesses que son—homme—leur avait, à seize ans, glissé entre les doigts avec la vivacité de l'équille plongeant dans le sable au bord du flot.
On ne savait seulement pas où la repêcher ni ce qu'elle était devenue.
Ce malheureux Pivent la cherchait du matin au soir en se faufilant partout comme un furet.
Sa désolation faisait peine à voir et il était devenu, de chagrin, plus sec qu'une merluche.
Il en perdait la tête et négligeait les plus chers intérêts de son commerce.
A la criée, il laissait passer les meilleures occasions sans en profiter et se faisait adjuger par inadvertance des mannes de soles ou des lots de merlans à des prix dérisoires de cherté.
Madame Pivent s'était vue obligée de prendre le gouvernail et de diriger la barque.
Le mari avait donc pu se livrer en toute liberté à ses recherches.
Un soir, après plus de six semaines perdues, il rencontra la fugitive à l'Élysée-Montmartre en compagnie d'un grand bohème dégingandé d'une tenue extravagante, au moment où ce fantoche,—un poète!—initiait la jeune fille aux principes d'un chahut accentué.
Le malheureux poissonnier fut pris d'un tel saisissement qu'il resta immobile une seconde, puis il se précipita sur le bohème et lui administra une épouvantable volée.