Et en rentrant dans sa loge, elle ajouta mentalement avec un soupir:

—Et si digne d'être aimé!

XVII

Trois semaines après, les murailles de l'arrondissement étaient bariolées d'affiches multicolores annonçant aux populations de la circonscription—un mot sauvage, décidément!—la candidature de leur féal et dévoué serviteur, Maurice Chazolles.

L'homme indépendant et libre s'était déguisé en un plat solliciteur. Il briguait les suffrages de ses concitoyens les plus humbles, mendiants même, traînards et gueux de toute sorte. Ses professions de foi élaborées avec un soin méticuleux pour contenter les électeurs des opinions les plus ondoyantes et diverses étaient placardées jusque sur les piliers des grilles et les sacro-saintes murailles des églises.

Chazolles, aidé de son ami Duvernet, accouru à la rescousse, menait rondement la campagne.

Il avait écrasé de besogne les typos de la circonscription—un mot à écorcher le larynx!—fait gémir toutes les presses, soudoyé les paresseux, les braillards, les politiques d'estaminet, les gardes champêtres et les facteurs ruraux pour répandre ses bulletins et semer la bonne parole dans les moindres recoins des localités les plus écartées du pays.

Il n'avait négligé aucune chance et n'abandonnait rien au hasard.

Il voulait réussir, et tout ce qui l'entourait était dévoré du même enthousiasme.