Il voulait grimper aux cimes, escalader aussi son ministère.

C'était lui maintenant qui gourmandait Duvernet de son inaction.

Le député du Havre grandissait chaque jour, mais n'arrivait pas à la place Beauvau, son but.

Il avait déjà vu trois cabinets tués par ses batteries et une quantité d'Excellences déconfites.

Et il refusait tout ce qu'on lui proposait, la préfecture de police, les travaux publics, la justice même.

Quand Chazolles se révoltait contre ses temporisations, Duvernet se contentait de hausser les épaules.

—Notre heure n'est pas venue, disait-il.

En attendant, sa verve caustique, son éloquence sûre d'elle-même, très mesurée, très parisienne, son bon sens, sa modération adroite, ménageant toutes les opinions et n'en froissant aucune, lui ralliaient des amis qui devaient nécessairement l'amener au pouvoir.

A la tribune, il plaisait aux femmes. Il était leur leader de prédilection. Il y apportait une sorte de grâce mondaine qui les séduisait.

On voyait souvent aux places de choix une jeune fille d'une vingtaine d'années, blonde, grande, mise avec une extrême élégance, surtout les jours où Duvernet devait prendre la parole.