L'hôtel du Cours la Reine était donc habité en apparence par une heureuse famille.
Les domestiques crevaient de santé; le cuisinier était soufflé comme une crème fouettée, les femmes de chambre n'avaient rien à craindre de l'anémie, les cochers étaient ronds comme des muids, à l'exception de Jacques qui faisait des armes à Paris comme au Val-Dieu avec son maître.
Hélène tenait la maison silencieusement, dirigeant tout en maîtresse accomplie.
Denise remplissait l'hôtel de sa gaieté et du bruit de son piano.
Ses deux nièces, Thérèse et Marthe, grandissaient fraîches et roses sous l'aile de leur mère.
Seul, un cœur souffrait, mais sans un murmure, sans une plainte, sans que personne, ni père, ni sœur, ni amis, pût voir couler les gouttes de sang qui s'en échappaient lentement, une à une.
Et cependant son visage était toujours aussi calme; seulement malgré elle, en dépit de ses efforts, sa physionomie avait revêtu une teinte de mélancolie qu'elle était impuissante à effacer.
Quand on la questionnait à ce sujet, elle répondait doucement, en essayant de sourire:
—Que voulez-vous? on ne peut pas toujours être jeune!