La jeune fille se rencogna dans son angle et garda le silence.
Son beau-frère lui semblait bien préoccupé.
Elle repassait dans son esprit les incidents de la soirée, et se disait que le trouble du mari d'Hélène n'était pas naturel, mais avec sa réserve, elle pressentait qu'en essayant de pénétrer un secret qu'on lui cachait, elle outrepasserait son droit.
Elle rentra chez elle mécontente, se laissa embrasser froidement, contre son ordinaire, par Maurice et disparut.
Chazolles rendu à sa liberté, traversa la chambre de ses enfants, souleva les rideaux de l'alcôve où les deux sœurs dormaient dans leurs lits jumeaux blancs et bleus, du paisible et frais sommeil des cœurs ignorants, passa chez Hélène qui fermait les yeux, la contempla une seconde, posa ses lèvres sur sa main qui pendait hors du lit, puis il descendit par le petit escalier desservant l'aile qu'il habitait, ouvrit une porte étroite sur la rue, et, parvenu à l'avenue d'Antin, héla un fiacre qui passait et lui donna l'adresse:
—66, rue du Colisée.
Il lui était impossible d'attendre une minute de plus.
Il lui fallait son explication.
Les soupçons que Denise avait semés dans son esprit y germaient avec une effrayante rapidité.
Pour la première fois, il comprit à quel point cette Angèle était devenue nécessaire à son existence, avec quelle puissance elle s'était emparée de tout son être et la place qu'elle tenait en lui.