—Tu le connais? fit Chazolles qui se leva et s'appuya à la cheminée.

—Oui et non. Je l'ai rencontré dans le vestibule deux ou trois fois. Il m'a saluée. Je lui ai rendu son salut. Il m'a adressé la parole. Je lui ai répondu. Il aurait cru que j'étais muette. Ce soir il m'a reconnue au théâtre, et dans un entr'acte, au foyer, il m'a offert de me renvoyer dans sa voiture qui revenait sans lui.

—Tu as accepté?

—Pourquoi non?

—C'est léger. Il est rentré, lui?

—Est-ce qu'il rentre! Il est à son cercle ou ailleurs. En voilà pour jusqu'à demain. Il fait comme tant d'autres. Il s'use le corps et l'âme devant un tapis vert. C'est idiot, mais c'est la mode. Il n'y a rien à dire.

—Tu connais le monde. Est-ce ta tante qui t'apprend ce qui se passe au club et ce que font les gens comme le baron Germain?

—Ah! ouiche! ma tante. Elle ne connaît que les limandes, les anguilles et les barbues.

—Qui alors?

—Est-ce que je sais? Tout le monde. Tu ne t'imagines pas que je ne vois que ma tante. Ça ne serait pas à faire. J'ai des amies un peu partout. La saison dernière, à Trouville, je m'en suis fait. J'ai le diable au corps. Dès qu'on me voit on m'aime.