Et pourtant le grand débat sur l'interpellation Duvernet ne devait s'ouvrir que le lendemain.

Il ne s'agissait encore que des escarmouches et les deux armées comptaient leurs forces.

Duvernet avait habilement choisi son heure et son terrain.

Le cabinet Ramet dont il sapait l'argile, avait hésité, flotté, disons le mot, barboté dans les affaires extérieures, à propos de la Grèce, du Maroc, de la Syrie, du grand Turc, des Anglais, et d'une foule de nationaux de petites régions montagneuses et misérables dont le pays ne se soucie point, mais qui fournissaient un ample prétexte à l'expulsion d'un ministère qui avait à son passif une faute grossière: celle d'avoir trop duré.

Duvernet avait préparé depuis longtemps son coup de Jarnac; son siège était fait. Il avait flatté le centre droit, adulé le centre gauche, caressé les radicaux, cajolé les irréconciliables, accablé de promesses les intransigeants et rassuré les gens des opinions les plus variées; le tout avec des habiletés de langage et des façons accortes qui en faisaient l'homme de la situation.

Son discours, soigneusement élaboré, n'attendait que la minute précise où il devait se produire. Il serait émaillé de mots spirituels, irrésistibles, de traits satiriques qui cribleraient ses adversaires en les atteignant aux endroits vulnérables.

Vers midi, au moment où les conversations s'animaient, il entra et vint s'asseoir, en compagnie de son inséparable Chazolles, à une table qu'il avait eu la précaution de retenir.

Il rayonnait... en dedans.

Ce qu'il reçut de saluts plats et obséquieux à son entrée ne l'étonna point.

Duvernet est un gaillard très fort qui connaît le monde et son temps.