—Qui? Personne. Je l'ai bien vu. D'autres aussi. Et c'est justement parce que je ne suis pas seul à deviner ton secret que je t'emmène avec moi, en ce moment, et que nous allons tous deux en tête-à-tête du côté de la cascade et de Suresnes, quand tu préférerais peut-être courir ailleurs, seul, on ne sait où.
La voiture roulait maintenant dans la rue de la Faisanderie, à peu près déserte et arrivait à la porte Dauphine.
Les feuilles d'un vert tendre poussaient aux taillis du Bois où la victoria allait entrer; les lilas étaient en pleine floraison aux bosquets des villas et des hôtels qui bordent l'avenue.
Chazolles était fort attentif au spectacle frais et printanier qui se déroulait devant lui, si attentif qu'il ne répondit pas aux propos de son ami.
Duvernet fit un geste de résignation.
Son ami, si expansif sur toutes sortes de sujets, si ouvert, si franc, cadenassait son cœur et y enfermait son secret.
—J'aborde un sujet délicat, reprit l'Excellence du lendemain. Tu me connais assez pour savoir que ce n'est pas pour mon plaisir, mais bien pour te servir. Je ne te blâme pas, je te plains. Tu n'as pas commis un crime mais une sottise. Et malgré ton esprit, elle ne m'a pas étonné. Elle était fatale.
—Je ne te comprends pas.
—Voyons, ne prolonge pas ton obstination. Tu ressembles en ce moment à l'autruche qui cache sa tête sous son aile et se croit à l'abri du danger parce qu'elle ne le voit pas. Ton secret est celui de Polichinelle. S'il ne l'est pas encore, il le sera demain. Tu t'es amouraché d'une petite qui en vaut la peine, je le confesse. Elle est ravissante, tout à fait. C'est un Chaplin de la bonne manière, très réussi. Je l'ai vue.
—Où donc?