XXVII

Gaspard Méraud venait de débarquer à Paris.

Les Parisiens quand ils ont passé un an à leur caisse, à leurs comptoirs, dans l'air épais et lourd des boutiques ou la poussière de leurs bureaux ont besoin d'aller se retremper au bord de la mer, de se refaire à l'aide d'eaux ferrugineuses, de puiser une nouvelle force en gravissant des montagnes en Suisse ou en Savoie, ou de respirer les vapeurs iodées des plages bretonnes.

L'ancien courtier, lui, éprouvait le besoin de se retremper dans la bonne odeur des amoncellements de poissons et de nourritures.

Les bruits de la criée, le tapage des camions amenant la marée, le roulement des guimbardes de maraîchers encombrées de légumes, le grondement du Paris lointain qui s'éveille à peine, quand les gens des Halles ont déjà fini leur besogne, toutes ces activités, ce tapage, ce tumulte lui manquaient.

Il avait donc laissé là-bas, au Val-Dieu, dans sa villa, Herminie, ses lignes à pêcher, son fusil inoffensif et il était tombé à l'improviste chez sa cousine, madame Pivent.

Le pauvre femme vivait comme à l'ordinaire, partageant son temps entre son banc des Halles et son appartement de la rue du Cygne où elle contemplait avec un attendrissement désolé la chambre blanche de sa petite Angèle qui devenait rare.

Gaspard, à son débarquement, le jour même où Chazolles avait eu cette querelle imprévue, avait vainement demandé la nièce aux échos de l'appartement de la tante.

Brigitte, la bonne à tout faire, tricotait seule pendant que sa maîtresse était occupée à détailler les mannes de soles, les saumons et les turbots à sa clientèle qui ne faisait que croître et embellir.