Les murs étaient couverts de médailles obtenues dans les concours régionaux où Chazolles jouissait de l'estime de ses confrères, les cultivateurs, d'abord parce qu'il était des leurs, ensuite, parce qu'il ne leur refusait jamais aucun service, leur donnant ses élèves, prêtant ses étalons, ou trinquant au cabaret quand il allait aux marchés et foires de l'arrondissement.

—Et tu ne profites pas de tes avantages, dit Duvernet.

—Pourquoi faire?

—Pour parvenir aux grandeurs.

—Je les méprise.

—Tu irais aux astres comme un autre.

—Tu m'ennuies; je ne suis pas au courant du métier.

—Ah! mon cher, que dis-tu? mais c'est le seul auquel on soit propre sans l'avoir étudié. Si tu crois, pour gouverner le monde, qu'il faut avoir inventé le picrate, tu te trompes. Le premier venu ne peut pas être horloger, tailleur ou savetier. Tout s'apprend. Pour guérir ou tuer les gens, il faut prendre ses grades. Pour plaider, il est nécessaire d'avoir payé un certain nombre d'inscriptions et subi quelques examens; pour passer maître laboureur, il convient de tenir d'abord deux ou trois ans les mancherons de la charrue. Ton berger n'est pas devenu d'emblée le pasteur de ton troupeau, et la vachère qui fait ton beurre a reçu des leçons de sa mère ou de sa tante. Pour un pasteur des peuples, on n'en demande pas tant. D'un décret inséré à l'Officiel, on devient par miracle apte à diriger des départements dont on ne soupçonnait pas l'existence, et la faveur du chef de l'État vous improvise, en dix minutes, homme de guerre, financier, ingénieur ou magistrat. C'est merveilleux. J'ajouterai même que le ministre le plus... infime a du génie pour son armée de subordonnés depuis l'heure de sa nomination jusqu'à la minute précise où un vote de défiance le jette à bas de son piédestal.

Denise intervint de nouveau:

—Incorrigible! Je vous y prends encore. Toujours sardonique! C'est agaçant à la fin.