On criait de tous les côtés, de la droite extrême et de la droite tempérée, du centre droit et des autres centres, des gauches de toutes les catégories, sages, intransigeantes et radicales, de la vallée, des plaines et de la montagne:

La clôture! la clôture!

Il tardait à tous de voir aux prises le ministère usé, vieux, tombant en ruines, miné de tous côtés, et le ministère jeune, fort et impétueux, montant à l'escalade, et jetant l'autre par quartiers, par débris, par loques au pied du Capitole.

Mais Chazolles n'était pas un cavalier facile à désarçonner. Il voulait parler, il avait le droit de parler; il parlerait bon gré, mal gré.

Quoique Normand, il était têtu comme un Breton triple et renforcé, un Bas-Breton du Finistère, un pêcheur de sardines habitué aux orages, un nocher de la mer sauvage que rien n'étonne et qui tient tête à tous les coups de vent sur sa coquille de noix.

Il attendit, et quand ses contempteurs furent las de crier, comme le petit duc de Charnay s'était fatigué de tenir son épée, il commença ab irato son discours.

Une révélation!

On fut étonné d'entendre sortir de la bouche de ce Porthos des paroles claires, piquantes et sensées, modérées dans leur vigueur, courtoises dans leurs duretés énergiques. Il éleva le débat. Il fustigea les luttes byzantines, les querelles frivoles, les batailles de mots inopportunes dans lesquelles on s'usait en combattant pour l'amour-propre, la vanité, les appétits de pouvoir, les intérêts personnels et jamais pour la France.

Il adjura tous les partis de s'unir dans un même amour, celui du sol natal, de la mère patrie. Et par une de ces brillantes transitions qui fondent la fortune d'un orateur, il passa à l'agriculture, cette source de richesses éternelles, à laquelle on demandait toujours, à qui on ne rendait rien, qu'on laissait se tarir au profit d'étrangers, en l'obstruant d'entraves, de gênes, en l'accablant de charges trop lourdes comme un mourant qu'on ensevelirait avant le dernier soupir sous la pierre de son caveau.

Il peignit à grands traits cette mère nourricière délaissée, sans enfants puisque la conscription les enlève à la charrue, cultivant péniblement les parties les plus ingrates de son territoire, épuisée par vingt siècles de production et de travail, tandis que nos rivaux possèdent d'immenses espaces vierges, d'une fécondité sans égale, des pâturages d'une incalculable fertilité. Il montra la concurrence rendue terrible par l'aisance et la rapidité des transports, les flottes à vapeur, les étrangers défendant leurs rivages par des tarifs et des prohibitions ruineuses pour le commerce des autres, tandis que nos ports et nos côtes sont ouverts comme des villes démantelées. Il invoqua les intérêts de trente millions de laboureurs compromis et laissés sans défense, les fermes abandonnées, les populations rurales ruinées, les paysans découragés, et il jeta un cri d'alarme éloquent et passionné dans une cause dont personne ne voulait s'occuper.