Sa figure un peu maigre, au nez droit, au teint blanc, offrait à l'examen d'un observateur, comme caractère principal, une vive intelligence, une grande finesse d'expression. Ses yeux gris pétillaient d'esprit et de malice.
Aucune trace de barbe n'ombrait ses lèvres minces. Elles étaient aussi soigneusement rasées qu'une plaine de blé mûr où le feu a passé.
Deux courts favoris, blonds comme les cheveux qui se faisaient rares sur le front large, donnaient au personnage des airs de jurisconsulte, de diplomate, ou encore d'homme politique, une nouvelle profession à l'américaine, qui devient à la mode et rapporte.
C'était en effet un avocat. Mais un avocat d'une espèce particulière, peu commune.
Il était vêtu d'une jaquette bleue et d'un pantalon de même nuance dont la coupe révélait un excellent tailleur. Sa cravate, grise à pois noirs, était nouée avec cette négligence des gens du monde qui vont à la campagne. Un pardessus havane était jeté sur le bras gauche et la main droite portait une valise de cuir noir, avec deux initiales en argent, fixées par des agrafes: V. D.
Un fort gaillard d'une quarantaine d'années, coiffé d'un chapeau mou et couvert d'un complet en velours marron, qui s'harmonisait divinement avec ses formes d'athlète et de magnifiques cheveux bruns, se précipita à sa rencontre sur le quai et lui donna sans façon une chaleureuse accolade.
On aurait dit, avec un peu plus de distinction en faveur de ce moderne, Porthos se jetant dans les bras d'Aramis après une séparation de six mois.
—Valéry!
—Maurice!
—Te voilà donc, mon vieux Labadens?