La tribune trembla sous les coups de poing du champion des hétaïres à dix francs l'heure et les voûtes du palais retentirent de ses accents d'ophicléide enrhumé.
Mais il développa ses conclusions avec une prolixité qui compromit sa cause.
Les estomacs des législateurs demandaient grâce, quand, vers l'heure du dîner, l'orateur descendit de la tribune en laissant le champ libre à son adversaire.
Chazolles, étranger à ce qui se passait autour de lui, relisait, au banc des ministres, le rapport de Melchior Pavie, et une colère effrayante s'amassait en lui.
Le président du conseil fut bref, incisif et cruel pour la cliente de son adversaire.
Il démontra qu'elle pratiquait, quoique mariée, une industrie pour laquelle son conjoint lui laissait les plus larges libertés et dont il encaissait les recettes.
Un monde intéressant!
Puis prenant les choses de plus haut, il s'éleva contre les manœuvres de certains êtres hargneux, querelleurs et amis du trouble, qui jetaient incessamment des cailloux sur les rails du train gouvernemental, au risque d'amener un déraillement et d'effrayer nos paisibles populations. Il soutint qu'il fallait aborder les grandes réformes, un mot magique! travailler utilement sans s'attarder à des questions oiseuses. Il observa qu'on perdait ainsi un temps précieux et n'oublia pas d'insinuer que c'était manquer de respect et d'égards envers des collègues que de les astreindre pour des vétilles, et des querelles méprisables, à prolonger au delà du nécessaire les séances déjà trop chargées et à ne trouver à leur retour qu'un de ces repas flétris par l'auteur de la Gastronomie:
Un dîner réchauffé ne valut jamais rien.
Il fut mordant, hautain et autoritaire, et d'acclamation il enleva un vote favorable, grâce surtout à l'heure avancée et au vers de Berchoux.