Les passants qui arpentaient les trottoirs du faubourg Saint-Honoré en flânant aux boutiques et qui croisaient ce beau garçon brun, grand et taillé en hercule, ne se doutaient guère qu'ils avaient devant eux un des personnages en vue dans les hautes régions du pouvoir.

Chazolles allait machinalement devant lui, au hasard, comme un corps sans âme, ou un poète qui poursuit la rime capricieuse et oublie le monde entier, des nuages où il s'est envolé.

Chazolles ne songeait ni aux passants, ni aux jolies femmes qu'il frôlait, ni aux palais qui se dressaient à sa droite et à sa gauche.

Son esprit était fixé sur un seul point: cette fille qui avait dérangé sa vie, et s'était emparée de lui au point de le rendre insensible à tout ce qui n'était pas elle.

Par quel philtre l'avait-elle enivré? De quelle puissance magique était donc douée sa prunelle vague et troublante? Quel parfum l'attirait vers cette chair pâle, pétrie pour le vice et l'orgie?

Il aurait voulu être à cent lieues d'elle, s'enfuir, et il était enchaîné à sa suite par un lien impossible à rompre, retenu par un aimant irrésistible et magnétique.

Et il ne se dégagerait pas de cette étreinte mortelle, avilissante!

Il en était arrivé à des confidences de domestiques, à des stations chez les concierges, à des abaissements inconnus!

A cette idée, il était pris de rage.

Tout à coup, il se trouva à l'angle de la rue Royale, en face du café Durand brillamment éclairé.