L'autre fit tournoyer son stick et secoua la tête.

—Ah! non, par exemple! M'enterrer tout vif! Tu as raison, peut-être, mais pas encore! C'est plus fort que moi, je ne peux pas.

—Tu aimes ton Paris?

—C'est-à-dire que j'en raffole. Le boulevard m'est aussi nécessaire que l'eau à tes carpes et le soleil à tes blés. Les restaurants où je m'empoisonne lentement m'attirent comme une phalène qui va bourdonner aux vitres, la nuit. Le théâtre avec ses loges pleines de femmes, de fleurs et de diamants, me semble le plus riche parterre du monde et me fait prendre en pitié les jardins de Nice ou de Cannes; la plus belle rose pour moi, c'est une jolie femme, modiste, flâneuse ou couturière, qui s'en va trottinant sur l'asphalte avec ses bas bien tirés, sa jambe fine et son pied cambré. J'adore les jupes qui collent sur des hanches bien dessinées, les grands chapeaux hardiment campés sur des chignons ébouriffés avec art. Je veux que la nature soit complétée, ornée, embellie par ce je ne sais quoi de la Parisienne, qui en centuple la séduction. Tiens, là, dans le tas, il y a peut-être des Vénus callypiges, des merveilles ignorées. Je n'en sais rien. Pour que la plus splendide des paysannes me donne dans l'œil à travers mon lorgnon, car je suis déplorablement myope, il lui faudrait un stage de deux ans, dans un grand magasin de robes et manteaux,—rue de la Paix ou au boulevard—ou à chiffonner chez Fanny Claude ou Valentine. Sans quoi, rien. Explique mon cas, si tu peux! Mon ami, le cœur est muet. Silence absolu!

—Moi, c'est le contraire, affirma Chazolles. Ton Paris ne me dit rien, rien du tout.

—Tu m'étonnes.

—Pourquoi?

—C'est difficile à dire.

—Va toujours.

—Tu es jeune assurément ou du moins admirablement conservé. Tu bats ton plein.