—Voyons.

—On a fait comme moi. On a usé et abusé de la vie. On a—passe-moi l'expression, l'époque est au naturalisme,—jeté sa gourme, fait la noce, sablé le champagne, couru les avant-scènes des petits théâtres et des grands en joyeuse compagnie; on s'est bousculé dans la cohue au bal de l'Opéra; on a effeuillé sans gêne et à la diable les cœurs d'artichaut, payé des notes de robes et de chapeaux, meublé des entresols, écorné son patrimoine avec des fantaisies de toutes sortes, de petits coupés, de bracelets, de bijouteries pour dames, et alors...

—Et alors...

—Éreinté comme moi, le crâne dégarni...

—Comme le tien.

—Laisse-moi parler, mon ami!—On n'aime pas que les autres se mêlent de ces détails et nous fassent remarquer ce que nous savons trop, hélas!—les illusions envolées, le cœur envahi par la fatigue, par une lassitude inexplicable où il y a de l'écœurement et de l'impuissance, on se tourne d'un autre côté. On déserte les cabinets, les baignoires, les bals, les boudoirs; en un mot, on se range et on devient...

—Ambitieux.

—Tu l'as dit.

—Et tu l'es.

—J'en conviens.