—Non, fit vivement Duvernet. Ne nous pressons pas. Je ne suis pas décidé. J'hésite encore et serais désolé d'un refus.
Le jour se mourait dans un crépuscule mystérieux.
On entendit dans le lointain la cloche du château qui sonnait le dîner.
Peu à peu les paysans vidèrent les lieux.
Le mât de cocagne avait été dépouillé de ses prix suspendus aux branches de la cime.
Chazolles et Duvernet firent un dernier tour sur le communal bras dessus bras dessous.
Il s'abandonnaient aux douceurs d'une causerie intime où leurs souvenirs se ravivaient.
Ils se rappelaient les bonnes parties de leur enfance, car leurs parents étaient unis comme eux par une étroite amitié; les taloches échangées, les brouilles pour des riens, des polichinelles éventrés ou des billes perdues; et les raccommodements d'amoureux; puis le collège avec ses luttes, où Chazolles triomphait à coups de poing ou dans les concours de version et de discours, souple et robuste d'esprit et de corps.
—Tu étais le plus fort de la classe, dit Duvernet, et tu élèves des cochons!
A la fin on s'était séparé. Les deux amis avaient tiré chacun de leur côté. Duvernet, après son doctorat, s'était fait inscrire au barreau de Paris.