Et pour surcroît de bonheur, Méraud sortait chaque matin, une ligne superbe à la main, et s'en allait pêcher dans les étangs, avec une patience de philosophe, prenant, sans grand mérite, à cause de leur abondance, des perches au dos armé d'arêtes, des tanches et des barbillons, qui lui rappelaient son ancien métier et lui procuraient des distractions agréables.
Parfois même, s'il s'égarait, son fusil sur le dos, à la lisière des bois du châtelain, où les lièvres pullulent, les gardes ne se plaignaient pas.
Au contraire, ils l'encourageaient, l'accueillant avec des: «Ça va bien, monsieur Méraud?» et des sourires qu'il récompensait d'une quantité incroyable de petits verres.
—Allez là, au coin du champ. Il y a une compagnie de perdreaux.
Où:
—Tenez, sous les carottes, un bouquin superbe, au gîte!
Il est juste de reconnaître qu'il faisait preuve en toute occasion d'une insigne maladresse, et que les lapins pouvaient picorer sur les talus ou s'asseoir sur le derrière à portée de ce chasseur inexpert, sans redouter d'accident sérieux.
Giraudel, le plus vieux garde au service des Chazolles, un rusé forestier, était le plus ardent à l'exciter au meurtre.
—Allez, allez, disait-il, mon bon monsieur Méraud, ne vous gênez pas. Tuez tout. Il en restera bien de la graine.
Il se félicitait donc de son choix, vivait en paix avec tout le monde et portait Maurice dans son cœur, sans arrière-pensée, car au fond ce déserteur des halles n'avait pas ombre de malice.