M. Châtenay n'avait en effet point à se plaindre de sa part de félicité.

Il était riche. Il vivait dans un pays superbe, entouré d'une famille florissante et, pour comble de prospérité, il possédait une manie,—une passion si l'on veut,—qui suffisait à le distraire, et abrégeait les heures parfois longues au milieu des bois et des champs, quand on n'y tient pas la hache du bûcheron ou les mancherons de la charrue.

Il cultivait cette science vague qui consiste à faire revivre les époques nébuleuses perdues dans la nuit des âges.

Il se livrait à des recherches incessantes, fouillant les déserts, étudiant la forme de certains cailloux, les fondations enfouies des murs détruits, les mouvements de terrain qui indiquent un travail d'homme. Il collectionnait les vieux fers, les vieilles poteries, les vieilles armes et les vieux outils. Il avait fait construire à Grandval un immense bâtiment où il accumulait les objets les plus hétéroclites.

C'était là, à tout prendre, un passe-temps qui ne nuisait à personne.

Il était accablé des sollicitations de plusieurs sociétés savantes qui se seraient fait une gloire de lui ouvrir leurs portes.

Seulement avec une modestie au-dessus de tout éloge, il ne voulait accepter leurs offres que lorsqu'il se présenterait en ayant à la main son grand ouvrage sur les antiquités normandes, monument auquel il travaillait depuis le jour où il s'était retiré à la campagne.

Ce soir-là il était particulièrement rayonnant.

Depuis quelque temps il était sur la trace d'un trésor archéologique invraisemblable.

En furetant dans la forêt du Perche, sur la route du Val-Dieu, du côté des futaies de Belavillet et des étangs de la Motte-Rouge, il avait, avec une sagacité prodigieuse,—il s'en flattait,—remarqué en un lieu nommé Rudelande, des ruines d'une étendue considérable.