Cela ne s'était jamais vu et ne se verrait pas.

Il se secouait pour se bien convaincre qu'il était éveillé. Il se raidit et il lui vint au cœur une amertume en pensant à ce caprice du sort qui plaçait l'objet de ses méditations forcées, cette fille de rien qui l'occupait malgré lui, dans la ridicule bicoque d'un ancien courtier des halles sur le compte duquel on imaginait chaque jour au Val-Dieu une plaisanterie nouvelle,—inoffensive à la vérité,—depuis que le Méraud était venu s'établir dans le pays, y étalant son luxe criard qui jurait avec la simplicité rustique des cultivateurs parmi lesquels il s'était implanté comme un intrus.

Le Parisien avec ses fantaisies d'Asnières ou de Bougival, lui avait gâté un coin de son paysage.

Vingt fois, il l'avait donné au diable avec sa servante équivoque, cette haridelle efflanquée, étiolée, qui frottait du matin au soir ses fenêtres et ses murailles, même à l'extérieur, avec la religion d'un sacristain qui fourbirait la châsse remplie des reliques d'un saint vénéré.

Et c'était là, dans ce grotesque tabernacle, sur ce reposoir du manieur de congres et de raies en retraite, qu'il allait adorer son idole, admirer la divinité qui lui tirait les yeux, l'étoile qu'il voyait scintiller quand toutes ses félicités réelles, solides, certaines se trouvaient repoussées dans les ténèbres par cet éclat de strass et de clinquant!

Il errait, fuyant les autres, ayant besoin de solitude, dans les allées les plus écartées, lorsqu'il fut frappé par un bruit de voix qui se rapprochaient de lui.

La nuit arrivait, une nuit claire et tiède de juillet. Sous les bosquets, on ne distinguait plus rien.

Il se retrancha contre ces importuns à l'abri d'un chêne creux, énorme et bas, si vieux qu'il tombait en poussière et que la sève ne circulait plus que dans l'épaisseur des écorces, seules restées debout.

C'étaient l'antiquaire et le député qui se promenaient bras dessus bras dessous, en causant avec animation.

Ils s'arrêtèrent auprès du chêne.