Puis, comme cela devenait fade, on se mit à parler des mines piteuses des derniers condamnés à mort. Tandis que cette agréable causerie égayait la boutique, les barbes à faire succédaient aux barbes faites. Le tour de Bardol étant arrivé, il se plaça sur le fauteuil et livra son menton à l'inondation préalable d'une mousse blanche.
Un nouveau bavard ayant pris rang dans le cercle, se frotta les mains en disant d'un air guilleret:
—On a assassiné un abbé cette nuit, un abbé déguisé; bien certainement c'était un insermenté.
—Oh! qu'on a bien fait d'éviter cette besogne à Sanson, dit un boucher au tablier sanglant.
—Mais on l'a assassiné pour le voler, on a reconnu qu'il avait été fouillé; ses poches étaient retournées à l'envers, et sur le sable se trouvait l'empreinte d'une valise.
Le boucher n'osa pas dire ce qu'il pensait peut-être: que tuer un conspirateur pour le voler ensuite, c'était agir selon les bons principes.
Bardol, qui avait entendu des deux oreilles, fit un mouvement sur son fauteuil et pria le barbier de ne pas appuyer la main sur sa gorge, car il suffoquait.
—En quel endroit a-t-on commis ce meurtre? demanda le garçon de boutique.
Aux Champs-Elysées, répondit le colporteur de nouvelles en se frottant toujours les mains.
—Et aucune patrouille n'est accourue aux cris de l'abbé?