—Détachez-le! détachez-le! disait-on de toutes parts.
Les gardes ne bougèrent pas.
Alors, il se fit un mouvement dans la foule. Un gros d'hommes, les uns en bourgeois et les autres en uniforme, se dirigea vers l'échafaud, en criant:
—Sa liberté! sa liberté! Nous l'aurons de force!
Au milieu du tumulte, un gendarme lança son cheval au galop pour aller requérir du renfort au corps-de-garde de la réserve. Pendant ce temps-là, on était monté sur l'échafaud.
—Des couteaux pour couper les cordes! nous n'avons pas le temps de les dénouer, disait un dragon d'environ cinq pieds six pouces, couvert de son casque et vêtu d'un habit vert à boutons à la hussarde.
Un autre militaire, qui est resté inconnu, s'exprimait chaleureusement en ces termes:
—Si Dotel était un voleur, je ne m'opposerais pas à son châtiment; mais c'est un brave garçon, je le connais, et il faut qu'il soit délivré!
La présence de ces soldats a fait croire à un coup de main prémédité. C'est possible; toutefois on n'en a jamais eu d'autres preuves.
On ne résiste pas à la foule. Après avoir reçu quelques horions, les gendarmes comprirent que ce qu'ils avaient de mieux à faire, c'était de se retirer au secrétariat de la Maison Commune et d'y dresser leur déclaration. Immédiatement après leur départ, la potence fut ébranlée, le tabouret jeté à bas, l'écriteau déchiré, et Dotel emmené par le peuple au bruit des cris accoutumés de: Vive la nation!