Le Moniteur, qui rendit compte dans les plus grands détails (numéro du 30 septembre) de l'exécution, commence son récit en termes officiellement indignés: «Le glaive vient encore d'abattre une tête conspiratrice. Un vieillard de soixante-quatorze ans tramait sur le bord de sa tombe la perte et l'asservissement de sa patrie. Le ciel était aussi du complot, si on veut l'en croire; c'est au nom du ciel et pour la cause du despotisme que Jacques Cazotte entretenait une correspondance avec les émigrés et des relations avec le secrétaire d'Arnaud de Laporte, intendant de la liste civile!» Après cette froide raillerie, le journal-girouette est forcé d'ajouter que «l'inaltérable sang-froid qu'il a conservé jusque sur l'échafaud, ses cheveux blancs, et plus encore les larmes de sa fille, qui ne l'a point quitté, ont intéressé la sensibilité de ceux qui les ont vus.»

Il paraît que la voiture qui conduisait Cazotte s'arrêta deux fois avant de sortir de la cour du Palais; on raconte qu'il tournait ses regards vers le peuple dont elle était remplie, et qu'il semblait vouloir lui parler. Même à un certain moment, il se fit un grand silence, qui fut rompu tout à coup par ce cri unanime:—Vive la nation! «On ne peut guère que deviner les motifs de cette circonstance, écrit le Moniteur; peut-être que M. Cazotte, qui avait éprouvé combien la vieillesse et le respect qu'elle inspire ont de pouvoir sur la pitié du peuple, nourrissait l'espoir de l'intéresser de nouveau en sa faveur et de pouvoir échapper à la mort. Mais cette fois le peuple partagea l'impassibilité de la loi et ne fit aucun mouvement pour arrêter l'exécution de l'arrêt qu'elle venait de prononcer.»

Ajoutons qu'en marchant au supplice, Cazotte tint presque constamment ses yeux levés vers le ciel; toutefois on le vit sourire en apercevant l'échafaud, et c'est là sans doute ce qui fit penser à quelques personnes qu'il était tombé en enfance. Cette erreur n'a pas besoin d'être combattue: Cazotte conserva jusqu'au dernier moment son habituelle sérénité. Avant de livrer sa tête à l'exécuteur, il s'adressa à la foule de la place du Carrousel et d'un ton de voix qu'il s'efforça d'élever:

—Je meurs comme j'ai vécu, cria-t-il, fidèle à Dieu et à mon roi!

Ainsi fut guillotiné, à sept heures du soir, celui que le Patriote français devait appeler le Marat du royalisme,—horrible injure à laquelle ne s'attendait pas ce juste et ce martyr!


Quelques mots sur sa fille sont devenus indispensables au complément de cette douloureuse trilogie dont nous avons déroulé les actes en Champagne, au fond des cachots et devant le tribunal du 17 août. Élisabeth Cazotte, entraînée hors de la Conciergerie par des amis de son père, vécut longtemps dans les larmes et dans l'isolement. En 1800, elle épousa M. de Plas, qu'elle avait autrefois connu à Épernay. Mais le bonheur ne devait pas longtemps couronner de son auréole le front de cette noble femme. Un an après son mariage, elle mourut dans les douleurs de l'enfantement, laissant une mémoire bénie.

Ce récit a été publié pour la première fois, il y a dix ans, dans un journal de Paris. A cette époque, le fils de Cazotte écrivit à l'auteur une lettre qui se termine par ces mots:

«En conservant au vénérable Cazotte et à son héroïque fille leur touchant caractère, M. Monselet s'est acquis des droits à la gratitude du fils aîné de Jacques et des enfants dont sa vieillesse est entourée. Signé: Jacques-Scévole Cazotte, rue du Cherche-Midi, 44.»

De tels témoignages sont la meilleure récompense de l'écrivain, auquel ils apportent la confirmation d'un travail accompli avec conscience; et c'est pour lui un grand bonheur que de se voir rendre par les fils la sympathie qu'il a vouée aux pères.

LES DIAMANTS DU GARDE-MEUBLE

Les massacreurs de septembre, en exerçant leur fureur dans les prisons de Paris, avaient épargné la tourbe entraînée par la misère ou par la perversité. Les nobles et les prêtres ayant eu le terrible privilége d'assouvir leur soif sanguinaire, on avait laissé passer entre les réseaux de l'accusation un grand nombre de détenus ordinaires, considérés comme du menu fretin.