II
L'OPÉRA

M. le chevalier de Pimprenelle riait encore au milieu de la rue.—Après être descendu chez un baigneur renommé, où il se fit ambrer des pieds à la tête, il se dirigea vers le Palais-Royal et y fit deux ou trois tours de promenade, en attendant l'heure de l'Opéra. Lorsqu'il eut assez longtemps regardé les femmes sous le nez, dit des gaillardises aux bouquetières et promené son épée dans les jambes des passants, il se disposait à sortir du jardin,—quand il aperçut un petit abbé de sa connaissance, qui s'empressa de venir à lui avec de grandes démonstrations de tendresse et qui se prit à passer familièrement son bras sous le sien.

—Eh! c'est l'abbé Goguet, s'écria le chevalier; gageons, fripon, que vous sortez de chez Belinde ou de chez Zenéide?

—Baste! vous gagneriez doublement; je viens de chez toutes les deux.

—L'abbé, c'est le ciel qui vous envoie. Comment trouvez-vous mon habit?

—Magnifique.

—Et mes rubans?

—Incomparables.

—Vous avez le goût sûr… Avez-vous soupé?

—Fi donc! avant dix heures?