»L'Art de dématérialiser les petits-maîtres allemands, hollandais, russes et chinois, par le petit-maître Mignonet, chef de l'ordre, marquis de Plumeblanche, Teintmignard, Vermillon, etc., etc.

»Les Berloques, ou les Grelots de la Folie, par la marquise de Clicli.

»L'Encyclopédie perruquière, complète depuis 1740 jusqu'en 1760, ce qui fait 7,300 cahiers. On en donne deux chaque jour: celui du matin traite de l'attirail de la petite toilette; celui du soir regarde l'accommodage en forme. L'infatigable Friso-Cometti en est l'auteur. Il fait aussi des sourcils postiches, à l'air de chaque visage, et les attache d'une manière invisible.

»Le Véritable Maître à tousser, cracher, prendre du tabac, éternuer; avec un Traité du nazillement provençal, minauderie de fraîche date.

»Dissertation philosophique sur les 365 sortes de poudres, une pour chaque jour de l'année, avec leurs vertus miraculeuses, par Jean-Farine Leblanc.

»Les Orgies d'Amathonte, et en général tous les opéras comiques jusqu'à 1760. Recueil complet.»

Cet amusant volume est clos par une série de pensées, détachées de l'Esprit de M. l'abbé de Pouponville; c'était alors la mode de publier l'Esprit de monsieur un tel, l'Esprit de madame une telle. L'auteur de la Bibliothèque des Petits-Maîtres n'a eu garde de laisser passer cette mode sans la railler à sa façon, qui est la bonne. Voici une des pensées de son abbé; elle est incomparable et eût fait tomber à la renverse Gentil-Bernard, Dorat et Boufflers: «—Le médecin céleste que Pamoisor! il a guéri ma levrette grise et mon perroquet amazone. Je veux lui donner un bijou précieux: c'est le portrait de ma dernière maîtresse d'hier. Qu'en ferais-je aujourd'hui?»

XI
TANT PIS POUR LUI, OU LES SPECTACLES NOCTURNES

1764, deux parties, sans indication de ville ni de librairie.

Un amant à la recherche de sa maîtresse, que des parents barbares dérobent à tous les yeux, fait rencontre, au bord d'une fontaine, de la fée Almanzine, qui lui offre une ceinture magique destinée à le rendre invisible. Il parcourt une partie des maisons de Cythéropolis et assiste à diverses scènes tour à tour plaisantes et tragiques, qui rappellent, mal à propos pour l'auteur anonyme de ce livre, la marche du Diable boiteux. Enfin, après avoir visité les promenades, les théâtres, les petites maisons, il finit par retrouver l'objet de sa flamme… entre les bras d'un Génie de qui la fée Almanzine avait tout lieu de se croire adorée. «Qu'on ne pense pas que je m'occupai à lui faire des reproches; on ne les emploie d'ordinaire qu'avec celles pour qui l'on conserve encore de la tendresse. Je rentrai chez moi, je l'ose dire, tranquillement. Heureux si j'avais gardé la précieuse ceinture! J'aurais pu la prêter quelquefois à un petit-maître, fier de lui-même et de tout ce qu'on dit de son mérite en sa présence; à des hommes follement épris d'une beauté qu'ils ne voient jamais qu'au sortir d'une longue toilette; et alors, combien de gens eussent été désabusés qui ne le seront jamais!»