Les Sonnettes sont tout à fait de la famille du Grelot, mais ce dernier leur est infiniment préférable. Elles sont dédiées à un M. le D*** (le Dru), serrurier de son état, dont une enseigne curieuse par sa naïveté fit la réputation et même la fortune. Il ne nous est pas permis d'en reproduire le texte, qui d'ailleurs court les ana et est dans la mémoire de tous les vieillards. Quatre ou cinq intrigues dominées par un amour sérieux et couronnées par un mariage, il n'y a pas d'autres sujets dans les Sonnettes, desquelles on pouvait attendre un plus joyeux carillon.

Auteur: Guiart de Servigné.

Dans l'édition de la Bibliothèque amusante (1781), les Sonnettes sont suivies de l'Histoire d'une comédienne qui a quitté le spectacle et de l'Origine des bijoux indiscrets, conte.

Une grossière spéculation de librairie a fait reparaître en 1803 les Sonnettes avec ce nouveau titre: Félix, ou le Jeune amant et le Vieux libertin. Des noms y sont changés; les chapitres y ont des titres ridicules.

XIX
FÉLICIA, OU MES FREDAINES

Avec cette épigraphe: «La faute en est aux dieux qui me firent si folle.» Deux volumes, à Amsterdam, 1784.

La vivacité de quelques tableaux ne doit pas nous empêcher de rendre justice à l'une des plus charmantes productions que la décadence du XVIIIe siècle ait inspirées, coquette débauche de sentiment et d'esprit, esquisse folâtre des dernières ruelles à la mode, accentuée plus littérairement que le long roman de Louvet. Félicia a été rééditée à l'infini et dans tous les formats, avec un grand luxe de gravures. Ce sont encore des mémoires, mais des mémoires aussi rapides et aussi mutins qu'on peut le désirer.

«Je vais passer et repasser mes folies en parade, avec la satisfaction d'un nouveau colonel qui fait défiler son régiment un jour de revue, ou, si vous voulez, d'un vieil avare qui compte et pèse les espèces d'un remboursement dont il vient de donner quittance.»

Félicia naquit comme Vénus, de l'écume des flots, c'est-à-dire qu'elle reçut le jour sur un bâtiment corsaire, au milieu des horreurs d'un combat naval. Un bourgeois d'Italie, nommé Sylvino, l'adopta pour sa fille et lui fit donner une éducation complète. Née sous un astre brûlant, elle manifesta de bonne heure les plus tendres dispositions, et un petit maître de danse faillit lui faire tourner la tête, alors qu'elle n'avait guère plus de quatorze ans. Mais l'amour, qui veillait sur elle, lui réservait de plus hautes destinées. Le chevalier d'Aiglemont parut: c'était un Adonis de dix-neuf ans, d'une taille svelte, que faisait ressortir un uniforme d'officier aux gardes. Il arriva un matin, pendant que Félicia prenait une leçon de clavecin. La leçon de clavecin! Que de fois la peinture et la gravure se sont emparées de ce sujet!

«Déjà savante, je touchai une sonate difficile qui m'était assez familière; mais la présence du chevalier me jeta dans un trouble si grand, je perdis à tel point l'attention, que je m'embrouillai et mis le maître de fort mauvaise humeur. Il n'eût pas été fâché de briller par le talent de son écolière aux yeux d'un homme qu'il connaissait pour un excellent amateur de musique. Le maître jouait une partie de violon.—Donnez, monsieur, lui dit l'aimable chevalier, je vais accompagner, et vous aiderez mademoiselle à se remettre. A peine il tint le violon que cet instrument rendit des sons délicieux. Nous reprîmes la sonate du commencement; jamais je n'avais si bien touché. D'Aiglemont accompagnait avec une justesse, une expression, qui me mettaient hors de moi. Mon jeu faisait sur lui la même impression; je l'entendais de temps en temps soupirer; le délire de son âme prêtait de nouvelles beautés à son exécution, de nouvelles grâces à sa figure.»