Il faut être doué d'une effronterie rare pour copier l'introduction entière du Soupé des Petits-Maîtres, l'aventure des deux religieuses dans la Confession générale de Wilfort, une anecdote de lanterne magique aussi connue que l'enseigne de M. le Dru, et oser baptiser le tout du nom de L'Étourdi. L'audacieux arrangeur de cette compilation, qui n'a pu être cependant assez crédule pour rêver l'impunité, pousse l'amour-propre jusqu'à s'avouer, dans une note, l'auteur d'un Almanach de Nuit pour l'année 1776. Je me souviens d'avoir eu entre les mains cet almanach, signé du chevalier des R.....s, et avoir été rebuté par le ton de sottise qui y règne d'un bout à l'autre.
XXI
MA JEUNESSE
Quatre parties.
«Ce fut un mardi que, sortant de l'Opéra, encore extasié des attitudes légères de nos Terpsichores, mes pas me conduisirent au jardin du Palais-Royal, où, bientôt après, je vis arriver un objet enchanteur qui depuis longtemps fixait mes désirs. Léonore (c'était son nom de guerre) était parée élégamment; sa taille et son maintien frivole ne laissaient rien à souhaiter; ses regards volaient de toutes parts et annonçaient le désir de plaire, souvent la certitude d'y réussir. Affectant toujours de passer à côté d'elle, mes regards enflammés, accompagnés chaque fois d'un sourire, la forcèrent de rompre un silence qui lui pesait sans doute autant qu'à moi.—Ai-je donc quelque chose de ridicule, me dit-elle, qui vous oblige, monsieur, à m'observer de la sorte? Ma réponse fut prompte, en lui disant:—Le sourire, mademoiselle, est presque toujours l'effet du plaisir.» Cette entrée en matière ne se soutient pas longtemps; les amours deviennent vulgaires et même mélodramatiques: à Léonore succèdent Lise, Ninon, Ursule, Sézine, Victoire, Bibiane. Et puis, l'éternel couvent! les éternelles nonnes! avec cette différence que le héros, au lieu de se travestir en femme ou en abbé, s'habille en médecin, ce qui est aussi vieux, mais moins amusant. Ma Jeunesse, dont le style est inégal, se fait lire avec impatience; c'est trop de quatre parties: on n'est pas jeune pendant si longtemps, ou bien on l'est davantage.
XXII
MONROSE, OU LE LIBERTIN PAR FATALITÉ
Suite de Félicia, par le même auteur, quatre parties. Paris, 1795.
De nouveaux personnages ajoutés à ceux que nous connaissons recommencent une série d'orgies, pourvue du même genre d'attrait que la première. L'abbé de Saint-Lubin, la baronne de Liesseval, Mimi, madame de Flakbach, Armande, Floricourt, Senneville, placés pour ainsi dire sous le commandement de Félicia et de Monrose, vont passer la saison d'été dans une délicieuse terre située à quelques lieues de Paris; ils n'y couronnent point de rosières, comme on le pense bien; ils se contentent de jouer la comédie,—Les Fausses Infidélités, par exemple,—et de chasser tout le jour dans les bois, souvent même le soir. De temps à autre, comme dans Félicia, le drame intervient brusquement et se prolonge quelquefois dans une proportion fatigante; l'auteur s'en aperçoit, mais seulement vers la fin du quatrième volume: «Je conviens avec vous, dit-il, cher lecteur, que la marche de toutes ces aventures n'est pas ordinaire. Ce mélange singulier de vertu, de faiblesse, de sentiment, de caprice, ces brusques transitions de la tristesse au plaisir, du plaisir au remords, du courroux à l'attendrissement, tout cela est de nature à vous ballotter peut-être désagréablement, si vous avez l'habitude et le goût de ces scènes uniformes où chaque acteur conserve son premier masque d'un bout à l'autre de son rôle. La plupart de mes personnages sont à moitié purs et à moitié atteints d'une corruption dont il est bien difficile de se garantir au sein des capitales, quand on y apporte des passions et d'assez grands moyens de les satisfaire. De là, tant de disparates. L'histoire de mes acteurs est celle des trois quarts des mondains de tous les pays de l'Europe.»
Il faut remarquer dans Monrose un individu italien qui pourrait bien avoir servi de modèle à Balzac pour son ou sa Zambinella, dans le petit roman de Sarrazine.
XXIII
LES ALMANACHS GALANTS
C'étaient de petits livres in-32, très-coquets, dorés sur tranche et fermés par un stylet qui servait à écrire sur un certain nombre de pages blanches ménagées à la fin de chaque volume. Le texte était composé habituellement de chansons et de maximes d'amour, avec des gravures pour tous les mois. Voici une liste des almanachs pour l'année 1789 qui se trouvaient chez le libraire Langlois fils, rue du Marché-Palu, au coin du Petit-Pont: