C'est très-dégagé, n'est-ce pas? Plus loin, le portrait de cette Zulmé offre de jolis traits: «Elle ne faisait rien comme les autres: une autre le faisait mieux et plaisait moins. Penchait-elle la tête, levait-elle un bras, avançait-elle le pied, on était ému. Il suffisait qu'elle regardât pour qu'on se crût aimé. Dans la poursuite du plaisir, Zulmé n'oubliait rien de ce qui peut le rendre plus vif et plus durable. C'est ainsi qu'elle ménageait avec soin sa réputation, pour avoir toujours ce sacrifice à faire.» J'ai noté, en outre, quelques détails d'ameublements et de costumes: «Déidamie était vêtue d'une légère simarre de crêpe bleu de ciel, nouée d'une ceinture de pourpre, le cou et le bras nus, sa belle chevelure emprisonnée dans des bandelettes et rassemblée avec une grâce antique sur le sommet de la tête.»

Étonnerons-nous beaucoup de monde en disant que la Galerie des Femmes est le début anonyme de M. de Jouy, alors jeune et fringant incroyable? Plus tard, le diable devait se faire ermite; plus tard aussi, il devait faire rechercher et détruire avec le plus grand soin les exemplaires de cette érotique fantaisie. Ah! mais, nous étions là!—Quérard n'a pas mentionné la Galerie des Femmes dans la France littéraire; on ne la trouve signalée, sans nom d'auteur, que dans le catalogue de Marc, libraire à Paris (1819).

XXIX
LES QUATRE MÉTAMORPHOSES

Poëmes. A Paris, de l'imprimerie de Plassan, l'an VII de la République (1799)

Ici nous nous trouvons en présence d'un véritable chef-d'œuvre, dont on a singulièrement exagéré l'immoralité. Fruit de la fantaisie païenne du Directoire, ce poëme, ou plutôt ces poëmes n'ont rien de l'afféterie particulière à cette époque; dès les premiers vers, il est aisé de s'apercevoir que leur origine remonte à la plus pure et à la plus puissante antiquité. Les grâces de convention, qui se retrouvent à des degrés inégaux chez Dorat, Bernard, Malfilâtre, Colardeau, Bertin (nous faisons quelques réserves à l'égard de Parny), et qui sont l'essence même du XVIIIe siècle, disparaissent d'une façon absolue des Quatre Métamorphoses. Ce travail n'a pas été, sur le moment, apprécié comme il aurait dû l'être; son succès ne lui est venu que de la curiosité et du scandale. Les érudits ont souri, mais eux aussi se sont arrêtés à la superficie du livre; car, il le faut bien avouer, les érudits, ces porte-lumières, ces éclaireurs du passé, sont quelquefois privés du sens poétique. Ils ont signalé le pastiche, mais le côté créateur leur a échappé presque complétement; après avoir fait la part à Virgile, à Horace, à Pétrone, et même à Ausone, ils ont oublié de faire la part à l'auteur français, sculpteur délicat de ce camée, digne d'agrafer la ceinture d'une Vénus nouvelle.

Les Quatre Métamorphoses forment un in-quarto de soixante-huit pages, papier-carton, caractères de toute beauté. L'auteur est Lemercier, ce novateur dramatique, plus vigoureux et plus original que Ducis, un chercheur, comme on dirait aujourd'hui, qui a cherché et trouvé un beau drame antique, Agamemnon, et quelques comédies d'un caractère étrange: Plaute, Pinto, Christophe Colomb. Au milieu de sa jeunesse, de sa réputation littéraire et de ses succès dans une société vêtue de gaze, il consacra une année à parfaire—dirai-je dans le silence du boudoir?—le badinage des Quatre Métamorphoses. Beaumarchais, à qui Lemercier communiqua son manuscrit, s'en enthousiasma justement; ce fut lui qui conseilla la magistrale édition in-quarto.

Publiées sans nom d'auteur, les Quatre Métamorphoses ne se retrouvent plus aujourd'hui que dans quelques bibliothèques d'amateurs. Par une analyse et des extraits, nous allons en conserver ici tout ce qui peut être lu. Elles se composent de quatre petits poëmes distincts et d'une étendue à peu près égale, rimés en alexandrins: Diane, Bacchus, Jupiter, Vulcain. Une introduction, que nous donnons tout entière, trahit les scrupules du poëte et le montre s'efforçant d'atténuer ses torts envers la morale, à l'aide d'exemples fameux qu'il groupe en stances aussi spirituelles que paradoxales:

Minerve, as-tu flétri ces maîtres du Parnasse

Qui chantèrent des dieux les plaisirs clandestins?

As-tu puni Phébus, que charmait leur audace,