Qui doit serrer nos doux liens.
Une répétition bien marquée du premier vers de la romance
Tout me dit que Lindor est charmant, etc.,
fut la réponse.
Le son animé de la voix, la lenteur avec laquelle on se retira, les petits accès de toux qui se manifestèrent, et auxquels Desforges répondit en toussant un peu lui-même, tout cela persuada à ce dernier que l'affaire était en bon train, et qu'il pouvait risquer les grands coups. Risquer les grands coups, c'était écrire. Il écrivit donc, et l'on connaît le prototype de ces sortes de lettres: «Qui que vous soyez, ange du ciel, qui êtes venu au secours d'un cœur né pour la tendresse, jetez l'œil de l'indulgence sur ce cœur enivré de vos charmes!» Lorsqu'il eut noirci suffisamment de pages sur ce rhythme, il s'avisa, pour faire parvenir sa missive, d'un moyen tout à fait digne d'un écolier: il décousit un des côtés de sa balle à jouer et y glissa la lettre entre laine et peau; puis, au moment du goûter, c'est-à-dire à l'heure où son inconnue se promenait, après l'avoir saluée d'un air significatif, il fit voler la balle dans son jardin. La réponse ne se fit pas attendre. Un vieux domestique vint demander à parler à M. Desforges et lui remit son jouet, soigneusement recousu, mais enveloppant un papier tout rempli d'une écriture fine et serrée. On connaît aussi le genre de ces réponses: «Qu'avez-vous fait, cruel et trop intéressant jeune homme? Pourquoi venir troubler la paix qui commençait à renaître dans un cœur longtemps malheureux?»
Nous nous dispenserons de suivre plus loin cette intrigue, qui eut d'ailleurs, comme toutes les intrigues de Choudard-Desforges, le dénoûment heureux qu'elle devait avoir. La chanteuse de la rue des Carmes était une jeune veuve qui s'ennuyait, madame Herminie de K… La veille du jour où elle et lui convinrent d'un rendez-vous, on les entendit chanter en duo avec beaucoup d'expression ce joli air de Dorval dans ce même opéra de On ne s'avise jamais de tout:
Amour, achève ton ouvrage,
Amène Lindor en ces lieux!
Sur nos transports jette un nuage
Qui les dérobe à tous les yeux…