Or, dans la nuit du premier mai de cette année, le rédacteur d’un journal plus grand que nature faisait du feston sur le trottoir du boulevard des Italiens. Il sortait d’un banquet où le patriotisme de chaque convive avait été mesuré au nombre des toasts. M. X... (c’est le rédacteur en question) avait porté des santés à tout le monde. Aussi avait-il fini par se noyer dans son verre, entre deux et trois heures du matin...
L’état d’enthousiasme de ses collègues empêcha que de prompts secours lui fussent portés.
Il fut charrié par des flots de champagne jusqu’à la hauteur de Tortoni. Là, l’heure avancée ne permettant pas de réveiller le chef de cet établissement pour lui demander une chaise, M. X..., après s’être mis vainement à la recherche d’un banc, se décida à confier à l’asphalte le secret de sa lassitude.
Il s’assit sur le trottoir.
Il y avait une demi-heure environ que l’éminent publiciste savourait les douceurs du repos, dans l’attitude d’un homme qui prend un bain de siége, lorsque quelqu’un lui frappa sur l’épaule, en lui demandant avec intérêt—ce qu’il faisait là.
M. X... répondit vaguement par une strophe du Lac, laquelle clapotait dans sa mémoire pêle-mêle avec des détritus de premier-Paris.
LE PASSANT. Allons, l’ami, il faut se lever, voilà le matin... hop!
M. X... Que le bruit... des rameurs... qui frappaient en cadence... les flots... les flots har... harm... harmon...
LE PASSANT. C’est bon, c’est bon, je vois ce que c’est; vous avez votre cocarde. Eh! mon Dieu! il n’y a pas de mal à cela.
M. X... Ma... cocarde? monsieur, je n’ai jamais varié.