—Ma fille, la maison n’est pas dure, mais il y a de quoi s’occuper. Je m’en vais vous dire en quoi consistera votre travail; écoutez-moi bien, afin que je n’aie plus besoin d’y revenir. D’abord, j’entends que vous soyez levée tous les jours à six heures; être matinale entretient la santé. Vous commencerez par faire la salle à manger, ensuite les chaussures. Monsieur salit beaucoup. Vous battrez ses habits sur le palier et vous nettoierez mes robes à la fenêtre. Nous déjeunons à neuf heures, parce qu’il faut que Monsieur soit à dix heures à son ministère; nous nous contentons des restes du dîner et d’un plat, soit d’œufs, soit de légumes. Après déjeuner, vous aurez à faire la chambre à coucher; vous n’époussetterez pas les étagères: il y a des choses très-susceptibles; ce soin me regarde. Vous aurez une demi-heure pour vous habiller; je n’aime pas la coquetterie, mais je veux que l’on soit toujours propre. Votre tablier devra vous durer deux jours. Une fois habillée, vous vous occuperez du dîner. Je descendrai tout à l’heure avec vous, afin de vous faire connaître les fournisseurs. Nous sommes assez regardants, Monsieur et moi, pour la nourriture. Tous les jeudis, le pot-au-feu; tous les dimanches, le gigot de mouton ou une volaille. Il est rare que nous ayons du monde à dîner plus de deux ou trois fois par mois. Nous avons du vin en cave et du charbon. On nous monte l’eau et le pain. Vous voyez qu’il y a bien des petites douceurs. Par exemple, vous savonnerez et vous repasserez une fois par semaine; vous frotterez tous les jours. Il faudra aussi que votre cuisine soit lavée chaque soir avant de vous coucher; ne remettez jamais la vaisselle au lendemain, c’est un très-mauvais système. Quand vous aurez un moment de loisir dans la journée, vous aiguiserez les couteaux, vous entretiendrez les boutons de porte, vous nettoierez les peignes. Je ne peux pas souffrir qu’une bonne reste sans rien faire, la bouche ouverte comme b, a, ba. Le soir, vous raccommoderez le linge. Vous aurez un jour de sortie par mois. Je n’ai pas besoin de vous recommander la modestie au dehors; si j’apprenais que vous ayez mis le pied dans un bal public, je vous renverrais sur-le-champ. Je n’aime pas votre nom de Joséphine; vous vous appellerez Marie. Toutes les bonnes s’appellent Marie. Évitez de vous lier avec les autres domestiques de la maison; ne vous familiarisez pas avec le concierge, et n’entrez dans sa loge que le moins possible. Ah! j’oubliais! vous vous coucherez sans chandelle, de peur des incendies. C’est tout.—Je crois que vous vous plairez beaucoup ici, ma fille.

IV
Description de la bonne.—Plan, coupe et élévation.

Une belle bonne!—Et comme taillée dans un chêne de Picardie! Cinq pieds trois pouces! Rouge comme un brugnon! Fraîche comme marée! Des cheveux pommadés avec du beurre!—Des estomacs à faire loucher saint Antoine! Des bras continuellement troussés jusqu’à l’aisselle, invitation à la lessive! Les mains d’Hyacinthe! Le pied de Charlemagne! Pesante en sa marche comme un régiment! Aimant désordonnément les rubans rouges! Sensible aux galanteries des garçons bouchers! Une de ces créatures que les libertins dégagés de tous préjugés ne craignent pas d’appeler une femme sérieuse!

Signes particuliers: Couchant avec ses bas et n’ayant jamais de rêves.

V
Exposition.—A table.

LE MARI. Tiens! ce n’est pas mauvais, ce petit fricot-là!

LA FEMME. Tu n’es pas difficile. Quand c’était moi qui faisais la cuisine, tu ne trouvais rien de bon. (Moment de silence.)

LE MARI, complaisamment. Il y a un peu trop d’ail.

LA FEMME. Ah! je le savais bien!—Marie!

LA BONNE. Vous m’avez appelée, madame?