LA BONNE. Que je me lève! à cette heure-ci! Bien sûr, vous êtes malade, notre maître...
LE MARI. Voilà vingt francs, voilà trente francs, voilà cinquante francs. Faites votre malle et partez. Ne perdez pas une minute. Vous êtes la plus brave fille du monde, un trésor pour la cuisine. Mais que voulez-vous? ma femme s’est imaginé... Ce n’est pas ma faute. Je vous trouve affreuse, moi; je n’y vais pas par quatre chemins. Mais elle a cela dans l’idée. Allez-vous-en, je vous prie. Vous ne voudriez pas être la cause d’un malheur. Attendre à demain! Ah bien! je préfère vous aller chercher une voiture. Voyons, ma fille, soyez raisonnable...
LA BONNE. Voilà, monsieur, je me lève. C’est bien extraordinaire tout de même.
LE MARI. Oui, oh! oui. Mettez-vous à ma place, j’ai besoin de mon repos. Passez votre jupe, je tourne le dos. Tous les jours, l’enfer! Il vaut mieux que vous vous en alliez. Ma femme est ridicule, injuste, je le sais bien, mais c’est ma femme...
LA BONNE. Ah! c’est qu’il ne faudrait pas qu’elle s’avisât de dire quelque chose sur mon compte! Elle trouverait à qui parler, oui-dà!
LE MARI. Là, maintenant, vos bottines. Quand vous passeriez quelques œillets... Dépêchez-vous! Je vais dire au portier qu’il vous ouvre. Allez!...
LA FEMME, accourant. Elle ne s’en ira pas avant que j’aie visité sa malle!