C’était la première fois que madame Ducerneau osait se permettre de décacheter une lettre adressée à son mari. Mais elle avait été tourmentée, la veille, par des pressentiments; elle avait rêvé «d’eau trouble, de chat et d’oculiste,» ce qui, selon les livres sibyllins, correspond à une série d’événements funestes. Alors, elle s’était portée à cet acte inouï d’audace conjugale. Il faut avouer qu’elle n’avait pas de chance.

Je manque de la science dramatique nécessaire pour rendre la douleur et l’indignation de madame Ducerneau... Que devait-elle faire?

Elle pensa d’abord, et tout naturellement: 1o à anéantir cette impudente invitation.

Mauvais!

2o A la mettre soudainement sous les yeux de M. Ducerneau, en enfermant toute sa colère dans le «Qu’en dis-tu?» de Manlius.

Mauvais! mauvais!

Après avoir hésité entre plusieurs partis, madame Ducerneau se décida à recacheter cette lettre, à la replacer parmi les autres,—et à voir venir son mari.

III
Partie poétique—En déjeunant

MADAME.

As-tu lu ton courrier, ce matin, mon ami?