Il y apporta sa physionomie indifférente.
Toutefois, l’appareil de la justice humaine parut exciter sa curiosité.
Il examina avec une profonde attention les juges, le public, les gendarmes, comme s’il n’eût pas été là pour son propre compte,—prenant souci des moindres épisodes, d’une porte qui grince, d’un greffier qui se lève, d’un juré qui fait passer un papier à son voisin.
La lecture de l’acte d’accusation le ramena au sentiment de sa situation.
Un éclair d’intérêt brilla dans ses yeux lorsqu’il s’entendit traiter de bête fauve, de chacal, et comparer aux scélérats les plus consommés.
Il s’oublia au point d’en frissonner lui-même.
Son avocat, qui appartenait à la nouvelle école du barreau, c’est-à-dire à l’école mondaine, essaya de rejeter tous les torts sur la victime. Il prétendit que le pédicure avait été l’agresseur, et que son client n’avait fait qu’user de son droit de légitime défense.
—La vue de son sang lui aura tourné la tête, dit-il; il a pu croire à un guet-apens, s’imaginer que sa blessure était mortelle. Se voyant attaqué par le fer, il a riposté par le feu. Quoi de plus naturel? Vous en auriez fait autant à sa place, messieurs!
Il y eut plusieurs signes de dénégation parmi les jurés.
—Si! si! continua l’avocat, en insistant; on ne se laisse pas charcuter de sang-froid. Je prétends même qu’il faut considérer comme un bonheur le trépas purement accidentel de ce pédicure, de ce maladroit, de cet empirique. Qui nous affirmera que ce bourreau n’avait point estropié déjà un nombre considérable d’individus? Combien d’autres n’en eût-il pas mutilés encore! Il eût fini par décimer notre belle France sous son outil homicide. Mon client a purgé l’humanité d’un monstre. Et voilà pourtant celui contre lequel vous avez voulu prononcer une peine. Vous n’y pensez pas!...